Le Tennis est un sport romantique / Arnaud Friedmann. - Lattès, 2013

J’avais beaucoup aimé le précédent livre d’Arnaud Friedmann, « Grâce à Gabriel », roman brillant et profond. Même les résonances que l’on trouve chez lui d’un livre à l’autre me paraissaient assez intéressantes.

Pour le quinqua que je suis, c’est avec un plaisir non feint que je savoure le personnage de McEnroe dont l’adolescent que j’ai été garde plus l’image d’un magicien de la balle jaune que d’un sportif. Elégance tennistique et caractère de cochon. A mon sens le plus beau joueur de l’histoire du tennis. Le colérique McEnroe et l’imperturbable Borg, une antinomie digne d’un match de catch. Pour autant les puristes apprécieront-ils ce portrait en perpétuel loser pour le moins injuste ? En outre, l’année 1984, suggérée comme celle du naufrage, si elle est l’année de son échec en finale de Roland-Garros (néanmoins son meilleur résultat), est surtout pour lui l’année de tous les records, il rafle Wimbledon, Flushing Meadow en massacrant un certain Lendl qui l’avait battu à Roland Garros, les Masters, la Coupe Davis, 82 victoires pour 3 défaites (dont une sans enjeu en coupe Davis). Du jamais vu.

Mais, décidément, Friedmann creuse éternellement le même sillon. Certes il est loin d’être le seul auteur dans ce cas, mais réutiliser la même structure d’un roman à l’autre à un an d’intervalle, finit, en ce qui me concerne, par poser problème et même à donner à ses personnages, au service exclusif d’un scénario qui se répète, un côté abstrait. C’est comme une mécanique dont on verrait les rouages. L’année passée Friedmann nous disait qu’il écrivait un roman plus drôle que d’ordinaire, c’est en partie vrai, en partie seulement.

On retrouve donc la femme schizophrène, dépressive, le mensonge familial qui entraîne dans son délire le fils, le mari transparent et même ici absent ou imaginé, la tragédie finale qui dénoue l’action via une fois encore un accident mortel de la route. Enfin ce plaisir malicieux à tromper le lecteur, à l’embarquer, à l’embrouiller, à le laisser osciller d’une interprétation à l’autre et au final à l’installer dans un doute qui ne s’efface jamais totalement. D’ailleurs, Friedmann avec le « Fils de l’idole » ne nous avait-il pas déjà fait le coup du fils de star ? Jusqu’au titre d’origine «Le Fils de John McEnroe » qui est ressemblant !

Déçu donc, j’attendais beaucoup mieux d’un auteur avec lequel j’avais réellement « accroché ». Il peut plaire à ceux qui le lisent pour la première fois mais il n’a pas réussi à franchir une marche supplémentaire que justifierait son retour chez un éditeur national. Sous peine de passer pour un radoteur, il doit se renouveler, pas nécessairement dans sa thématique, mais au moins dans ses façons de l’appréhender.

Par ailleurs, l’imbroglio ayant nécessité le changement de titre a eu un résultat bien malheureux.

Avis : **

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire