Nuits de noces / Kim Dong-Hwa. - Casterman, 2013

Deux jeunes gens coréens viennent tout juste de se marier. Vêtus de leurs tenues traditionnelles, ils en sont au moment fatidique de la nuit de noces, seuls dans leur maison, et ne savent pas trop comment s’y prendre, mais tout se passera bien. Après plusieurs années de mariage, l’époux décède, mais la vieille dame trouvera un second amour et bénéficiera donc d’une seconde nuit de noces émouvante avec un homme de son âge …
Histoire en un seul tome, par le grand auteur de La bicyclette rouge, c’est très doux, très bien vu.

Myrtille et le fabuleux Circus / Mikaël. - Clair de lune, 2013. - (Petit Pierre & Ieazel)

Histoire de Myrtille, jeune fille qui lors d'une promenade pour cueillir des myrtilles tombe dans la forêt, sur un cirque où les occupants venant d'un pays différents sont nés soit en marchant sur les mains, soit en ayant de très grandes jambes. Émerveillée, Myrtille décide alors d'emmener les pensionnaires de la maison de retrait "les Myosotis" les rencontrer pour leur offrir un spectacle.
BD au scénario très bien ficelé.

La fabrique de nuages / Mikaël. - Clair de lune, 2013. - (Petit Pierre & Izeazel)

Histoire de Kouette et de son grand-père Archibald Cumulonimbus, fabricant de nuages aux formes d'animaux, visages bizarroïdes. Ils se voient expulsés par un administrateur au service des hautes autorités du pays. Ce dernier doit mettre en application l'uniformisation de la production de tous les nuages et remplacer la "nuagerie" d'Archibald Cumulonimbus pour créer une "nuagerie" industrielle. Un bras de fer commence alors.
Très bonne BD pour les petits et les grands. L'histoire est originale.
Voir la notice

Tsunami / S. Pendanx. ; J-D Pendanx. - Futuropolis, 2013

Venue porter secours à la population avec un organisme de secours international à la suite du tsunami de décembre 2004, une jeune femme cesse de donner de ses nouvelles à sa famille et ne revient jamais de mission. Neuf ans plus tard, son jeune frère revient sur place bien décidé à retrouver cette sœur qu'il n'a jamais vraiment connu.
De magnifiques dessins, de la poésie et beaucoup d'émotions lors de la lecture de cet album !

Château l'Attente2.2 : Addendum / L. Medley. - Delcourt, 2013

Comic Book à l’origine édité par une maison d’édition indépendante. Son succès lui a valu d’être racheté par une grosse major. Le scénario de départ s’appuie sur « La belle au bois dormant ». À son réveil, la belle s’enfuit avec le Prince. Le château devient un lieu de refuge de tous les persécutés de la société.
Cette BD est quasiment inclassable avec ses animaux humanisés et son côté "l’Héroïc fantasy ". Elle fait penser à Fables . Linda Medley parvient à y traiter les thèmes de la violence conjugale, l’autogestion, la différence… Un OVNI à découvrir pour sa qualité et son originalité sans avoir peur de son format et du nombre de pages.

Le Petit joueur d’échecs / Yôko Ogawa. - Actes Sud, 2013. - (Lettres japonaises)

Nous avions déjà par le passé remarqué les univers oniriques de la japonaise Yoko Ogawa ainsi que ses qualités d’écriture, son dernier roman est encore une fois d’une très grande beauté. Superbe auteur vraiment ! A t-on écrit un plus beau roman sur le jeu d’échecs depuis le génial Stefan Zweig ?

Avis : ***

Robinson des mers du Sud : six ans sur une île déserte / T. Neale. - La Loupe, 2013

En 1952, à 50 ans, Tom Neale décide d’aller vivre seul avec ses chats sur une île inhabitée du Pacifique Sud, à 200 milles de la première habitation. Une île de 800 mètres sur 300 mètres avec un point culminant à 5 mètres de hauteur. Il raconte ici ses deux premiers séjours (d’une durée totale de six ans). C’est un récit simple mais vraiment fascinant. La préface nous apprend qu’en 1969 il repart pour un troisième séjour dont il ne reviendra qu’à 75 ans en 1977 pour mourir.
Etonnant livre qui voyage à travers le temps. Publié en langue anglaise en 1966 puis en langue française en 1982 aux Editions Arthaud. Republié en 1999. Sorti en poche en 2009. Et à présent dans une version en gros caractères. Si, comme moi, vous n’en aviez jamais entendu parler vous avez droit à une session de rattrapage.

Avis : ***

Mystères polaires / N. Dubreuil et M. I. Khelifa. - La Martinière, 2013

Si beaucoup d’auteurs de récits d’aventures et de voyages gâchent leurs livres par de piètres talents d’écrivain, celui-ci est vraiment magnifié par un don rare de conteur.
J’adore comment s’enchevêtre harmonieusement et avec brio le récit des expéditions de Dubreuil avec des histoires du passé très instructives, avec quel réalisme et quel amour il nous fait ressentir ces contrées, Groenland, Nunavut, Nord de la Russie.
Vraiment ce genre de livre est capable de marquer durablement et de déclencher la passion du Grand Nord.

Avis : ***

Nous voulons tous mourir dans la dignité / M. de Hennezel. - Laffont, 2013

Un énième, et pour autant pas inutile, opus de Marie de Hennezel dans son combat pour une mort digne sans loi autorisant l’euthanasie, pour un véritable accompagnement humain de la fin de vie, un véritable traitement de la souffrance physique et morale. Une mise en garde supplémentaire sur la banalisation de l’euthanasie qu’entraînerait sa légalisation et sur les dérives à l’évidence inévitables. Un véritable enjeu de société à l’heure où la Gauche au pouvoir en France est tentée d’élaborer une loi, qu’excluaient catégoriquement François Mitterrand comme Robert Badinter, plutôt que de réfléchir à une réelle mise en œuvre des soins palliatifs et de la loi Leonetti de 2005 qui instaure notamment l’interdiction de l’acharnement thérapeutique. Il ne s’agit pas tant de dignité de la mort que de dignité de la fin de vie et de ne pas être honteux d’être encore en vie.

On n’adhérera pas forcément aux idées d’Hennezel lorsqu’elle suggère dans certains cas des euthanasies et des suicides assistés illégaux mais qui ne seraient pas poursuivis par la justice. Il ne paraît pas très raisonnable ni très cohérent de substituer à la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté un pseudo bon sens humanitaire qui permettrait à chacun de faire le tri entre les désespérés à secourir et ceux, parfaitement sain d’esprit, dont la décision mériterait d’être respectée. « Ne pas légaliser mais savoir ne pas punir » dit-elle. N’est-ce pas remettre dangereusement une appréciation, un pouvoir exorbitant, dans les seules mains d’un médecin isolé ou pire encore dans celles de particuliers, de membres de la famille ? N’est-ce pas, quels que soient les dangers d’une légalisation, totalement absurde et accepter d’en perdre le contrôle que de penser autoriser ce que l’on juge par ailleurs illégal ? Ne faudrait-il pas un minimum de garanties et qui pourrait en être le garant sinon… la loi ? Maintenir la situation actuelle n’est pas satisfaisant, légaliser est source de réelles dérives, voilà les données du problème.
Une saine réflexion quels que soient nos points de vue individuels.
Proposition de lecture : « La Mort moderne : scènes de la phase terminale de l’être humain », un roman du suédois Carl-Henning Wijkmark écrit en 1978 et qui fait réellement froid dans le dos.

Avis : **

Le Jour où j’ai rencontré ma fille / Olivier Poivre d''Arvor. - Grasset, 2013

Un livre où l’auteur réalise un autoportrait sans concession, celui d’un homme libidineux découvrant son azoospermie qui paradoxalement coïncide chez lui avec un désir fou de paternité. Les méandres des examens médicaux puis des démarches administratives en vue d’une adoption. La tentative d’adoption d’un homme seul, quinquagénaire, voulant adopter non pas un enfant mais précisément une jeune togolaise en qui il a déjà trouvé sa fille. Démarche étrange au départ, fort convaincante à l’arrivée. Un témoignage poignant, un livre qui nous questionne aussi.

Avis : **

Chiens sous l’eau / S. Castel. - Ulmer, 2013

Que c’est agréable d’être surpris par une idée simple et ébahi par sa concrétisation !
Seth Castel décide de s’installer dans une piscine et de photographier les chiens plongeant à la poursuite d’une balle de tennis depuis sa position sous l’eau. Nous sommes parfois hilares ou attendris mais aussi parfois un peu effrayés par une version des Dents de la mer version chiens. Superbe travail qui permet de voir nos gentils toutous sous un tout autre aspect.

Avis :***

Michel Serrault / N. Serrault. - Kero, 2013

La fille de Michel Serrault publie un livre à partir de photos retrouvées dans des cartons après le décès de ses parents. C’est un vrai plaisir de retrouver ce grand acteur à la carrière longue et variée dans des situations professionnelles mais aussi dans des moments familiaux. Lui qui se décrivait comme un paysan qui serait devenu fonctionnaire, avec une bouille ronde, des yeux en billes de loto, une moustache et des cheveux charbonneux. Beau, étonnant et émouvant.

Avis : **

La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement / S. Alexievitch. - Actes Sud, 2013. - (Lettres russes)

Les Russes n’ont pas encore pleinement analysé leur passé communiste que les voici propulsés dans un incompréhensible capitalisme qui anéantit brutalement toutes leurs valeurs. C’est l’explosion d’une bombe atomique nommée argent qui pulvérise la notion d’un projet grandiose collectif en autant d’individualismes forcenés, en retour de la loi du plus fort (c’est à dire du plus riche) et de l’écrasement du plus petit.
Comment vivre sans utopie collective et sans sentiment partagé d’appartenir à un grand peuple ? Dictature du prolétariat contre loi de la jungle. Les spéculateurs honnis d’hier sont devenus les businessmen admirés, enviés et imités d’aujourd’hui. L’éclatement de l’Empire a réveillé les barbarismes (à moins que ce ne soit la simple nature humaine ?) en même temps que les désirs d’indépendance. Tout a été trop vite, Gorbatchev a ouvert une brèche qui, bien malgré lui, a tout fait s’effondrer. Beaucoup de citoyens se sentent désormais étrangers en leur propre pays. C’est le désenchantement après l’espoir de jours nouveaux, voire parfois même, aussi incroyable que cela paraisse, la nostalgie du stalinisme !
Un livre constitué des récits saisissants de petites gens aux destins brisés, en manque de repères, en rupture de pensée avec leurs enfants, un effondrement psychologique collectif, une descente vertigineuse dans l’âme russe et l’histoire tragique de ce peuple. Et, au-delà, un questionnement sur l’identité nationale, un sujet qui n’est pas absent non plus dans le débat français (voir par exemple le dernier livre du philosophe Alain Finkielkraut). J’aime beaucoup le travail de Svetlana Alexievitch qui n’est pas à son coup d’essai, souvenons-nous de « Les Cercueils de Zinc » sur la guerre d’Afghanistan ou « La Supplication » sur la catastrophe de Tchernobyl.

Avis : ***

Dans la tête d’un génie / M. Gessen. - Globe, 2013

Faire une biographie du génial Grigori Perelman qui vint à bout en 2002, à la surprise générale, de l’insoluble conjecture de Poincaré, l’un des problèmes mathématiques les plus complexes est une gageure.
Ce chercheur probablement atteint de la maladie d’Asperger se cache depuis des années dans un appartement assez misérable où il vit reclus avec sa vieille mère, la barbe longue, dans une tenue qui le fait confondre avec les clochards et en prétendant avoir renoncé aux mathématiques. Le tout après s’être vu proposer les plus grandes reconnaissances (entre autre la Médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques), accompagnées de sommes fabuleuses et de propositions de postes parmi les plus prestigieux. Mais Perelman a tout refusé avec dédain.
L’auteur tourne donc autour du sujet avec des informations de seconde main et aussi une très précise et assez incroyable description du système soviétique puis russe qui conçoit les mathématiques ni plus ni moins que comme un sport avec ses compétitions, un sport dont d’ailleurs on exclura les juifs du plus haut niveau autant que possible.
Si on fait abstraction d’un ou deux passages (comme les pages 175 et 176) bien compliqués pour nos petites cervelles d’homo sapiens ordinaire, c’est un livre remarquable, une riche plongée dans l’histoire des mathématiques russes et une intrusion passionnante et fascinante dans la personnalité obscure, insaisissable, de Perelman. Quel personnage !

Avis : **

Puzzle / Franck Thilliez. - Fleuve noir, 2013. - (Thriller)

Ils sont huit, tous passionnés de chasse au trésor, d’énigmes à décrypter… Ils veulent s’attaquer au jeu suprême intitulé Paranoïa. Un jeu mystérieux dont personne ne connaît les règles mais avec un pactole à gagner. Vous me direz : on fait plus original comme scénario ! Ne soyez pas naïfs, notez bien tous les détails, sinon Thilliez risque de vous embarquer loin, très loin, de ce à quoi vous vous attendiez.
Vous commencez à l’aube la lecture par curiosité et vous ne pourrez pas vous endormir avant d’avoir la solution. Un jeu de piste paranoïaque dont la construction hypersophistiquée pourrait plaire aux lecteurs fans de « La Vérité sur l’affaire Harry Québert » de Joël Dicker.

Avis : ***

Le Tennis est un sport romantique / Arnaud Friedmann. - Lattès, 2013

J’avais beaucoup aimé le précédent livre d’Arnaud Friedmann, « Grâce à Gabriel », roman brillant et profond. Même les résonances que l’on trouve chez lui d’un livre à l’autre me paraissaient assez intéressantes.

Pour le quinqua que je suis, c’est avec un plaisir non feint que je savoure le personnage de McEnroe dont l’adolescent que j’ai été garde plus l’image d’un magicien de la balle jaune que d’un sportif. Elégance tennistique et caractère de cochon. A mon sens le plus beau joueur de l’histoire du tennis. Le colérique McEnroe et l’imperturbable Borg, une antinomie digne d’un match de catch. Pour autant les puristes apprécieront-ils ce portrait en perpétuel loser pour le moins injuste ? En outre, l’année 1984, suggérée comme celle du naufrage, si elle est l’année de son échec en finale de Roland-Garros (néanmoins son meilleur résultat), est surtout pour lui l’année de tous les records, il rafle Wimbledon, Flushing Meadow en massacrant un certain Lendl qui l’avait battu à Roland Garros, les Masters, la Coupe Davis, 82 victoires pour 3 défaites (dont une sans enjeu en coupe Davis). Du jamais vu.

Mais, décidément, Friedmann creuse éternellement le même sillon. Certes il est loin d’être le seul auteur dans ce cas, mais réutiliser la même structure d’un roman à l’autre à un an d’intervalle, finit, en ce qui me concerne, par poser problème et même à donner à ses personnages, au service exclusif d’un scénario qui se répète, un côté abstrait. C’est comme une mécanique dont on verrait les rouages. L’année passée Friedmann nous disait qu’il écrivait un roman plus drôle que d’ordinaire, c’est en partie vrai, en partie seulement.

On retrouve donc la femme schizophrène, dépressive, le mensonge familial qui entraîne dans son délire le fils, le mari transparent et même ici absent ou imaginé, la tragédie finale qui dénoue l’action via une fois encore un accident mortel de la route. Enfin ce plaisir malicieux à tromper le lecteur, à l’embarquer, à l’embrouiller, à le laisser osciller d’une interprétation à l’autre et au final à l’installer dans un doute qui ne s’efface jamais totalement. D’ailleurs, Friedmann avec le « Fils de l’idole » ne nous avait-il pas déjà fait le coup du fils de star ? Jusqu’au titre d’origine «Le Fils de John McEnroe » qui est ressemblant !

Déçu donc, j’attendais beaucoup mieux d’un auteur avec lequel j’avais réellement « accroché ». Il peut plaire à ceux qui le lisent pour la première fois mais il n’a pas réussi à franchir une marche supplémentaire que justifierait son retour chez un éditeur national. Sous peine de passer pour un radoteur, il doit se renouveler, pas nécessairement dans sa thématique, mais au moins dans ses façons de l’appréhender.

Par ailleurs, l’imbroglio ayant nécessité le changement de titre a eu un résultat bien malheureux.

Avis : **