Max / S. Cohen-Scali - Gallimard, 2012. - (Scripto)

Une vision surannée des Lebensborn

C’est un roman autour de la thématique des lebensborn, un gros travail de près de 500 pages qui est assez prenant. Sauf que…

Dès les premières pages, on est assez surpris par certaines affirmations et certains choix. On semble nous dire de façon assez surréaliste qu’en 1936 les femmes allemandes rejetées pour la reproduction en lebensborn étaient exterminées. C’est proprement délirant ! L’auteur fait le choix d’un personnage né en lebensborn, qu’elle compare à des haras, d’un accouplement d’une brute SS qui viole la future mère, qu’il ne connaissait pas auparavant, en lui faisant avaler du schnaps. Ce qui donne avant même la naissance, qui se produit le jour de l’anniversaire du führer, un pur produit aryen au physique mais aussi un véritable nazi au mental. Tout cela hélas sonne extrêmement faux. Les enfants des lebensborn qui encore aujourd’hui réclament à être reconnus comme victimes de guerre apprécieront. Passe encore pour certaines choses, au bénéfice de la fiction, mais pas pour d’autres, on est proche de la caricature et pas de celle qui accentue la vérité. Non les lebensborn n’étaient ni des haras ni des lupanars et les accouplements n’avaient pas lieu à la va-vite entre des personnes qui ne se connaissaient pas.

On croit toujours que l’histoire est statique, qu’elle n’évolue pas. Or si les responsables des lebensborn n’ont pas trop souffert des procès de Nuremberg c’est bien parce qu’en 1945 les alliés n’ont pas compris en quoi consistait cette entreprise criminelle. De la même façon, en 1975, Hillel et son livre « Au nom de la race », qui est malheureusement la principale source de Sarah Cohen-Scali, avait une vision encore partielle et approximative qui a largement été corrigée depuis. Voir le roman « Les Cendres froides » de Valentin Musso en 2011 et surtout le très bon livre de Boris Thiolay « Lebensborn : la fabrique des enfants parfaits : ces Français qui sont nés dans une maternité SS » en 2012, mais aussi un ensemble d’articles de presse, de sites Internet et de blogs aisés à consulter. Dommage de s’appuyer sur des sources (je devrais presque dire une source), certes honnêtes, mais quelque peu dépassées. Est-il raisonnable de limiter sa documentation à un ouvrage qui a trente-sept ans ? A une période où, de plus, une partie des archives n’était peut-être pas encore consultable. Il ne faut manifestement pas chercher plus loin les fortes approximations voire erreurs qui marquent de façon très gênantes le tout début d’un roman qui, comme dans « Le Tambour » de Günter Grass, donne la parole à un enfant qui a atteint le stade de sa pleine maturité intellectuelle dès le stade embryonnaire.

Certains gâchent leur roman par une fin ratée ou trop convenue (par exemple le « Ensemble, c’est tout » d’Anna Gavalda, allez c’est dit !), d’autres par des propos liminaires fantaisistes… Difficile de ne pas traîner pendant la lecture cet handicap de départ. On ne peut que déplorer ce manque de sérieux de la part de l’auteur dans le travail préparatoire. Même une fois le livre terminé, des retouches sur les premières pages auraient été possibles, souhaitables et bienvenues.

Avis : *

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