Lebensborn : la fabrique des enfants parfaits : ces Français qui sont nés dans une maternité SS / B. Thiolay. - Flammarion, 2012

Où l'on explore l'existence d'un lebensborn en France et un autre en Belgique

Je me revois encore, jeune collégien, chipant dans l’armoire de mes parents, à une période où il fallait absolument que je lise tout, un livre sur la couverture duquel figurait un enfant blond. Le livre était paru en 1975 et s’appelait "Au nom de la race". Les Français, et par la même occasion le jeune enfant que j’étais, découvraient les Lebensborn, ces maternités SS où naissaient la race des seigneurs. On y accueillait des jeunes femmes qui avaient des relations souvent extraconjugales avec des SS ou des membres de la Wermarcht. Les enfants issus de ces accouplements étaient fréquemment abandonnés et proposés à l’adoption à des familles aryennes exemplaires. Après avoir éliminé tous « les nocifs » : Juifs, Tsiganes, handicapés, malades mentaux, alcooliques, criminels, opposants au régime…, il s’agissait pour Himmler de substituer à tous ces « inférieurs » la future élite de sang nordique d’un Troisième Reich destiné à durer mille ans. Les deux faces d’une même pièce.
Malgré la faiblesse des archives (pour la plupart détruites), c’est plus particulièrement à deux curiosités méconnues que s’attache l’auteur : le Lebensborn de Belgique et celui de France (à 40 km de Paris). Il recherche aujourd’hui les enfants de ces Lebensborn et en retrouve quelques-uns. Ce sont des rencontres étranges et poignantes, des reconstitutions de vies (celles des enfants et celles de leurs parents) qui se font jour, des pans tabous du passé qui se lèvent, des rencontres inattendues qui s’opèrent (entre demi-sœurs par exemple). Le livre interroge notre rapport à la mémoire, à l’héritage familial et à l’identité.
Rappelons, quel triste choix !, que les services administratifs de l’association Lebensborn à leur début (de 1936 à 1940) s’installent dans la maison du romancier Thomas Mann, Prix Nobel de littérature 1929. Un Nobel obligé de s’enfuir de l’Allemagne en 1933, faisant le choix de l’exil, comme avant lui son frère, le romancier Heinrich Mann et aussi Klaus Mann, son fils, l’auteur de "Le Tournant", un chef-d’oeuvre qui reste pour moi l’un des livres les plus importants de toute ma vie de lecteur.
Le sujet des Lebensborn est tellement rarement traité qu’à lui seul il vaudrait qu’on s’y arrête. Pour ceux qui seraient rétifs aux documentaires, ils peuvent aussi aborder le sujet par le biais du thriller passionnant et fort habile de Valentin Musso paru en 2011 : « Cendres froides ». Un roman qui est aussi un livre sur le mensonge familial.

Avis : **

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire