Le Palais de verre / Simon Mawer. - Le Cherche Midi, 2012

Parce que les maisons ont une âme.

En Tchécoslovaquie, les Landauer, deux jeunes mariés très aisés, Viktor, qui est juif, et Liesel demandent à Rainer von Abt, un architecte d’avant-garde, de leur construire la maison de leur rêve sur une colline. Ce sera une maison immense, au toit plat, tout en lignes droites, habillée de verre et dépourvue d’ornement. «Pureté de la ligne et frisson du vide » dans la tradition du Stijl.

L’invasion de l’Autriche puis des Sudètes va bouleverser le destin de ce couple qui devra abandonner leur maison, s’enfuir et se réfugier, pendant qu’il est encore temps, en Suisse puis aux États-Unis.

Bien sûr, on peut parler d’une fresque historique ou d’une saga familiale mais là ne réside pas l’essentiel. Nous assistons d’un côté à la poursuite de la vie de la maison accaparée par les nazis puis par les communistes et de l’autre à la poursuite de la vie des exilés loin de leur rêve. Et le rêve et le souvenir finissent par se confondre. Si l’adultère, le détournement de ses idéaux, sont très présents dans le livre, la maison, elle, est toujours là, transparente, intemporelle, comme niant un passé monstrueux et un avenir incertain et sombre. Cette thématique est peut-être à rapprocher pour partie de celle sous-jacente au "Nagasaki" d’Eric Faye. Un peu comme si les maisons appartenaient à ceux qui les habitaient (voire les concevaient), un peu comme si celles-ci étaient capables de reconnaître leurs propriétaires, qu’elles portaient en elles l’écho des moments qu’on y a passés, qu’elles les conservaient quand le visage d’un enfant n’est plus qu’une vieille pomme ridée. Et dans le cas présent, si particulier, de cette maison de verre, comme si la transparence agissait à la fois comme un révélateur et un baume. On est envoûté par cette maison.

Piet Mondrian disait : « Seul l'aspect pur des éléments, dans des proportions équilibrées, peut atténuer le tragique dans la vie. »

On trouvera aussi des rapprochements intéressants avec "La Maison de l'aigle" de Serge Brussolo où il est question dans un premier temps d'une maison de verre et dans un second temps d'une autre maison occupée par les nazis. Remarquons par exemple quelques phrases : "Elle revenait de l'autre bout de la Terre et la maison était encore là.", "A la seconde où tu passeras le seuil du hall, la maison reprendra ses droits sur toi."

Avis : ***

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