Lune de miel / François Cavanna. - Gallimard, 2010. - (Blanche)

Miss Parkinson

Bon sang qu’il écrit bien ! L’écriture de Cavanna, aujourd’hui âgé de presque 88 ans, n’a pas pris une ride depuis sa série de romans autobiographiques entamée il y a plus de 30 ans avec Les Ritals. Toujours cette gouaille, cette écriture jubilatoire qui coule et que rien ne retient, cette impression d’une déconcertante facilité. La moindre anecdote en devient intéressante et son livre, pourtant fait de séquences, se lit d’une traite avec l’envie impérative d’arriver au bout et en même temps le souhait de ne pas apercevoir le point final trop vite. Cavanna revient sur la période difficile du STO, sur Maria, son amour perdu et jamais oublié, sur quelques souvenirs d’enfance, sur Hara-Kiri et Charlie-Hebdo, ses vrais enfants, sur sa curieuse tentative de suicide, rend hommage en pleurant aux chiens de sa vie, pourfend les faux amis qui hier étaient les copains de toujours, règle en passant son compte à Val, l’usurpateur, et bien sûr se rudoie, se houspille et se traite de con comme à son habitude.

Outre les déceptions, une certaines amertume, les regrets (Reiser, Gébé, Choron sont morts), il y a aussi les atteintes de la vieillesse et depuis quelques années la maladie incurable aussi : Miss Parkinson qui l’empêche de faire encore ce qu’il veut de sa plume. Virginie, une rencontre inattendue, vient heureusement égayer ses dernières années. Il n’est pas pressé de quitter ce monde : « S’il est une chose dont je suis certain, c’est que personne ne s’impatiente de l’autre côté ». Se mêle t-il un peu de forfanterie ? Difficile à dire… En tout cas, il l’affirme haut et fort : « Ces hypothétiques ultimes années, je les envisage avec jubilation », « Si jeunesse savait, elle m’envierait », « Jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai. », « Tant que je pourrai écrire une ligne, je serai présent parmi les vivants ». Si c’est le signe d’une consécration que de publier dans la prestigieuse collection Blanche de Gallimard, alors nul doute que cela n’est pas volé.

Puisque que François Cavanna se définit comme égoïste, lui qui pourtant dans sa vie fit preuve d’un remarquable esprit de corps, nous pourrions à notre tour, par pur égoïsme faire cette prière : Mon Dieu, vous qui n’existez pas, accordez lui les dix années supplémentaires qu’il réclame afin que nous puissions encore jouir de sa belle écriture.
Merci pour tout Monsieur Cavanna.

Avis : ***

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