Chat pas moi ! / A. Cortey. - Sarbacane, 2017

Ces 2 là jouent à merveille au chat et à la souris, créant un bazar monstre. L'épicier furax devant tant de dégâts, vient mettre le holà. 
Album cartonné grand format qui donne toute latitude aux pitreries des 2 lascars, rythmées de jeux de mot chat-centrés, pour une narration à voix haute chat-mallow. Ambiance électrique dans le texte comme dans les images !

Le prince sauvage et la renarde / J.-P. Arrou-Vignod ; J.-C. Götting. - Gallimard, 2017

Le prince Sauvage est aux dires de tous le « diable en personne » : il « n'aime que le sang », toujours en quête d'un animal à tuer. Sa mère s'en afflige, son père s’enorgueillit, l'enfant grandira donc dans le sang. L'âge adulte ne lui apportera aucune sagesse, il se retrouve piégé lors d'une partie de chasse effrénée. Va-t-il mourir seul dans la neige, à cause d'un de ses propres pièges ? Une renarde s'approche et entame un dialogue avec l'homme, soucieuse de lui faire appréhender les notions d'humilité et de patience. Programme des plus ambitieux...
Conte ample et puissant, dans le propos comme dans les illustrations, opposant violence sanguinaire et pacifisme contemplatif. Le personnage de la renarde est magnifique, parangon d'exigence, de bienveillance et d'indulgence.

Elvis et l'homme au manteau rouge : un conte de Noël / O. Könnecke. - La Martinière, 2017

Elvis est tout excité : demain c'est Noël, et en plus la neige le dispense d'aller travailler ! Mais voici que frappe à la porte un étrange vieil homme tout de rouge vêtu. Il demande de l'aide car il a eu un accident avec son traîneau. Elvis voudrait bien remettre cela à plus tard mais l'homme insiste. Elvis est fortement contrarié, d'autant que tout semble se liguer contre eux. 
Un conte de Noël aux nombreux rebondissements, où les dialogues l'emportent, qui jouent sur l'identité du visiteur sans cesse repoussée, jamais révélée, si ce n'est par le lecteur forcément perspicace. Un troisième personnage apporte une touche irrésistible à cette histoire drôle et enlevée.

Laissez-moi tranquille ! / V. Brosgol. - Bayard, 2017

Cette vieille femme n'a pas la mine amène. Ou alors seulement lorsqu'elle est seule, au calme, avec son tricot. Autant dire jamais tant la maison est «  toute petite » et la famille « très grande », avec une multitude de petits-enfants turbulents. C'est assez ! Elle prend ses affaires de tricot et se réfugie dans les bois. Dans la montagne. Sur la lune. Las, il y a toujours quelqu'un pour la déranger ! Finira-t-elle un jour ses tricots ?!?
Ambiance russe pour ce conte exubérant et surprenant, avec une héroïne aussi bougonne que généreuse.

Les cancres de Rousseau / I. Sané. - Sarbacane, 2017. - (Exprim)

Djirael et sa bande se connaissent depuis toujours, ils s'aiment et se charrient comme des frères. Dans la bande, autrement appelée le komité, il y a la dure intègre, le mytho bavard, la bombe timide, et le clown généreux : « L'association des meufs et des mecs qui n'en ont plus rien à foutre de rien » mais qui mettent un point d'honneur « à rire de la life. » Ils se chambrent, palabrent, avec toujours comme objectif la beauté de la vanne. Djiraël a promis à ses potes une année de terminale grandiose, mémorable, et devenir un délégué des délégués l'y aidera... Son programme officiel ? « La seule chose que j'aie à vous proposer, c'est d'essayer d'être heureux tous ensemble ici, pendant toute une année, et de tenter de réussir tous ensemble. » Officieusement, il avouera à ses potes qu'il espère bien, avec eux, faire quelques bénéfices personnels au passage... Sera-t-il « aussi cynique que les puissants » ou laissera-t-il les valeurs inculquées par sa mère prendre le dessus ?
Djiraël est indéniablement un séducteur, un surdoué qui doit néanmoins « en faire cent fois plus pour obtenir ce que d'autres reçoivent sans effort », parce qu'il est et sera  « toujours l'otage de l'histoire... un maillon sur la longue chaîne de la quête d'identité. »
« Comment réussir à changer le monde quand Dumas et Césaire ont échoué ? » Djiraël a au moins cette « intention de détruire (...) le chacun-pour-soi. »
Insa Sané nous offre un roman rythmé à la langue musicale et joueuse, préambule de ses autres titres déjà parus : Sarcelles-Dakar / Daddy est mort / Du plomb dans le crâne / Gueule de bois
« J'étais ulcéré de ne jamais pouvoir aider les miens faute de pouvoirs ;
de ne jamais réussir à faire entendre ma voix, faute de légitimé ; 
de ne jamais être moi, faute d'être « l'autre ». 
A force d'être faible, issu d'une minorité si invisible, 
je n'avais aucun moyen de hurler contre l’injustice.  »

Passionnément à ma folie / G. Constant. - Rouergue, 2017. - (DoAdo)

C'était son rêve de rentrer en première L avec option Théâtre, mais Gwen ne se doutait pas que sa vie allait devenir une tragédie. Gwen est tombée amoureuse de William, éperdument, étant persuadée de vivre une histoire unique et éternelle. Elle se sent même « venir au monde ». Mais l'idylle s'est terminée brutalement, inexplicablement, Gwen ne voit que l'issue d'en mourir. 
Nous la retrouvons donc à l'hôpital ; en se confiant à son carnet, elle veut comprendre comment l'idylle s'est naufragée. Autopsie d'une histoire d'amour. D'amour ? En réalité, Gwen comprend qu'elle était peut-être davantage amoureuse de l'amour que de William, et que William idolâtrait Gwen tant qu'elle était inconditionnellement sous son emprise. Contraste d'une relation idéalisée et d'une analyse lucide et désabusée. Malgré tout, Gwen aura du mal à se défaire de cette relation : « Je préfère encore le mal qu'il me fait à l'enfer de son absence. »
Texte qui n'est pas sans rappeler T'arracher, éclairé des classiques de l'amour -Mme Bovary, Belle du seigneur, Roméo et Juliette- et aide à décrypter les mécanismes en œuvre dans une relation d'emprise et de manipulation.
   « On tombe amoureux comme ça, aussi connement que ça. 
Parce que, d'un coup d'un seul, on se sent unique. 
On a dans le regard de l'autre une valeur, une particularité, qu'on ignorait posséder. 
On prête à l'être aimé toutes les qualités, et surtout les plus imaginaires, 
et l'on n'en démord plus, car renoncer aux splendeurs des premiers temps, 
c'est mourir de son rêve - insupportable déchéance. »
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Charlie et Ouistiti / L. Snyder ; E. Hughes. - Little Urban, 2017. - (Premiers romans)

Charlie et Ouistiti sont frères. Nous les suivons sur une journée et ces deux loustics ont l'art d'enjoliver leur quotidien, par leur complicité et leurs idées loufoques.
Cette collection, entre album et premier roman, est une réussite. Les 4 chapitres organisés de façon claire, entre texte court et larges illustrations, permettent une lecture progressive fluide.
Autres titres : Barkus / Professeur Goupil 

Le renard et l'étoile / C. Bickford-Smith. - Gallimard, 2017

Renard « vivait dans une forêt dense et profonde. » Grâce à Étoile qui « balayait les ombres devant lui », il ose s'y aventurer, seulement la nuit. Mais un jour Étoile n'est plus là pour le guider. Renard est anéanti, paralysé, comment sortir seul dans cette forêt « froide, sombre et muette » ? Pourtant il finit par se sentir mieux, prêt à sortir à nouveau. 
Quel album somptueux ! Les illustrations aux couleurs de la nuit, avec ses textes cadrés font place à celles de la peur, du deuil, avec une mise en scène du texte incrusté, plus compliqué à lire, comme pour mieux accompagner la sensation d'un monde qui s'écroule. Et toujours ce renard couleur de feu qui s'en détache. 
La force des couleurs, les combinaisons de motifs répétés, d'arabesques et de lignes créent un graphisme à la fois simple et subtile, d'une grande richesse.
L'album dit la force d'une amitié qui rend plus fort, par-delà le manque, par-delà le deuil. 

Renard sauve son vélo / Fibretigre ; F. Ricard. - Rue de l'échiquier, 2017

Renard ne veut pas renoncer à son beau vélo, même cabossé. Plutôt que d'en acheter un nouveau comme on le lui conseille, il veut le faire réparer. Mais voilà qu'on lui vole ! Têtu, il poursuit celui qu'il croit être un voleur et retrouve beaucoup plus que son vélo : une vocation de réparateur. Il redonnera vie à tous ces objets délaissés « pour qu'ils continuent leur histoire ».
Renard et son ami Voisin -que l'on retrouve dans Renard et l'argent gratuit- expérimentent une autre manière de vivre qui préfère le partage à l’individualisme, la débrouillardise à la consommation, le minimalisme à la surabondance de biens, la persévérance au défaitisme. Un héros à suivre assurément !

A pas de loup... / C. Schneider ; H. Pinel. - Seuil, 2017

Claire et Louis, la faim au ventre au cœur de la nuit, se lèvent et prennent à tâtons le chemin de la cuisine. Mais Mamie et Papi sont réveillés malgré leurs précautions, se demandant d'où viennent les bruits. De Grandgrosgris ? De Minouchette ? De Boboa ?
La maison est grande, fournie en décorations qui témoignent de voyages lointains, riche d'une atmosphère dépaysante. Dans la nuit, le quotidien se drape d'une aura d'étrangeté où l'imagination galope.
Tout cela combiné, vous aurez donc un univers feutré très peuplé à décrypter dans l'obscurité jamais effrayante mais à l'inverse porteuse d'un imaginaire à la fois poétique et drôle, offrant un moment d'étrange complicité entre 2 générations.

Jusqu'ici tout va bien / G. D. Schmidt. - Ecole des loisirs, 2017. - (Médium)

Doug déteste Marysville, il déteste avoir déménagé loin de son champion de baseball préféré, dans un trou à rat. Et il le répète a l'envi ! Il raconte son quotidien : un père violent et négatif par principe, un frère hostile, un autre à la guerre... La vie n'est pas rose mais Doug se raccroche au sourire de sa mère, rare mais lumineux, ou aux dessins d'oiseaux de John James Audubon découverts à la bibliothèque. Lorsqu'il évoque ces deux joies, tranchant radicalement avec sa désinvolture insolente habituelle, son plaisir est puissamment communicatif. A Marysville, qu'il déteste peut-être finalement de moins en moins, il se prend à éprouver du plaisir auprès des habitants qui voient en lui des possibles qu'il ignorait : il se découvre donc doué pour le dessin, serviable, amateur de littérature, que d'horizons tout à coup !
Tout l'enjeu de ce roman finalement très quotidien réside donc dans le devenir de Doug. Il donne le meilleur de lui-même et on mesure tout son potentiel. Mais avec un père aussi violent, un environnement aussi lourd, peut-il espérer échapper à l'atavisme ? Jusqu'ici, tout va bien
Doug est un narrateur qui interpelle beaucoup ses lecteurs. Qui dit les choses avec pudeur aussi, nous laissant deviner ce qui l'embarrasse, ce qui le bouleverse trop pour être formuler frontalement. Ses expressions fétiches reviennent un peu trop souvent et la fin sonne un peu hollywoodienne mais après tout l'homme s'apprête bien à marcher sur la lune en cette année 1969 alors comment ne pas croire en l'impossible ?

Le Dernier ermite : l’histoire incroyable d’un homme qui a vécu seul pendant 27 ans dans les forêts du Maine / Michael Finkel. - Lattès, 2017

"La question clé n’était peut-être pas de savoir pourquoi on se retranchait de la société, mais pourquoi on voudrait y rester." p. 173
Lorsqu’en 1986 il s’enfonce dans une forêt du Maine (États-Unis) à seulement 45 km à vol d’oiseau de chez lui et à deux pas de la civilisation, Christopher Knight a 20 ans. Il va vivre dans un modeste camp improvisé mais savamment aménagé, développant des stratégies pour vivre caché et être totalement invisible. Il connaît une solitude absolue et désirée, ne parlant à personne, ne croisant personne. Une quarantaine de fois par an, il s’introduit de nuit dans des bungalows vides de leurs habitants pour refaire ses réserves de nourriture et de matériel, notamment en prévision d’une période hivernale très rude et interminable pendant laquelle il ne se déplace pas de peur de laisser des empreintes dans la neige. Petit à petit, les propriétaires installent des systèmes d’alarme de plus en plus sophistiqués et, même si, rusé, il réussit brillamment à les éviter, il finit tout de même par se faire prendre. Au bout de 27 ans !!! Arrêté, jugé (il a à son actif plus d’un millier de rapines), puis libéré, il devra tenter de se réinsérer dans ce qui passe pour la vraie vie, une vie raisonnable (où l’on doit vivre avec ses manques). L’auteur, journaliste, a noué une fragile relation avec Christopher Knight. Il se livre au récit de cette histoire incroyable mais va bien au-delà, essayant de comprendre la psychologie de cet homme hors norme et le sens que l’on peut donner à sa démarche. Il rapproche l’expérience de Knight d’une véritable quête mystique en partie inconsciente, invite au débat des grands noms comme ceux de Dostoïevski, du célèbre moine trappiste Thomas Merton…, interroge nos propres vies, nos propres choix. C’est passionnant. Même si l’histoire est très différente, on ne peut s’empêcher de repenser au magnifique "Ermites dans la Taïga" de Vassili Peskov.

 Avis : ***

La Bosco / Julie Mazzieri. - Corti, 2017

Jacques Bosco et ses deux enfants accompagnent leur épouse et mère à sa derrière demeure. La famille est pauvre et doit même déjà de l’argent à un certain Ouellette qui se fait pressant. Arrivé devant le cimetière, le veuf demande au chauffeur de faire demi-tour pour éviter qu’on lui réclame les frais funéraires. Le véhicule quitte donc le cortège et Jacques Bosco, comme à son habitude lorsqu’on lui réclame de l’argent, préfère aller s’en jeter un à l’auberge du coin. En l’occurrence, il s’y retrouve en compagnie de jeunes fêtards auxquels il va pouvoir déblatérer tout son soûl et raconter à sa manière la mort de son épouse. A la chute physique de la défunte fait pendant la chute morale de son mari comme vue à travers les yeux de leur fils, Charles. Un court roman en quelques scènes où la mort poisseuse, indécollable, paraît s’infiltrer partout.
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 Avis : **

Coeur de bois / H. Meunier ; R. Lejonc. - Notari, 2017

Aurore se prépare pour une balade dans la fôret avec un vieillard impotent. « La plus belle, c'est moi. Et merde à Blanche-Neige ! » Oui, Aurore est une jeune femme bien dans sa peau, qui gère sa vie de manière assurée, épanouie. Nous la suivons au cœur du bois et découvrons le vieillard : un vieux loup grabataire, autrefois puissant. « Je ne comprends pas vos attentions pour moi qui, naguère, vous ai dévoré toute crue. » Aurore expliquera ce pardon, cette résilience : « Je veux être assez forte pour pouvoir aimer. Même vous. »
Un conte détourné aux couleurs sombres et ouatées mais d'une force impétueuse : Aurore prouve avec maestria que l'on peut terrasser le mal, reprendre le pouvoir sur sa vie sans besoin de vengeance, sans haine. 

The Rain / V. Bergin. - Bayard, 2017

Ru était à une soirée, venait d'embrasser un beau gosse populaire, la vie était belle. Et en quelques heures, les morts se sont accumulés autour d'elle. Il faut désormais intégrer l'idée que la fin du monde est annoncée, la menace provenant d'une pluie contaminée par des bactéries. Quelques gouttes sur les chairs et la mort vous emporte en quelques petites heures.
Ru, jeune fille un peu râleuse jusque là surtout préoccupée par sa popularité, son apparence, en somme sa vie sociale, va devoir apprendre à ne compter que sur elle-même. Mais ce qu'elle découvre dans ce chaos, c'est qu'elle ne peut pas, ne veut pas ignorer les souffrances, lutter pour sa propre survie au détriment des autres. Ru va développer des ressources insoupçonnées, des capacités propres d'autant plus vitales que l'État se montrera... défaillant ? Cyniquement pragmatique ? À la solidarité des uns répondra l'utilitarisme des autres, sans manichéisme néanmoins. 
L'eau est omniprésente, celle, encore saine, que l'on recherche avidement pour étancher la soif, celle que l'on apprend à redouter - The Rain- pour échapper à la mort.
Le ton se veut badin, distant, l'histoire racontée comme si elle pouvait être adaptée au cinéma mais malgré l'humour, l'angoisse est bien là. Avec un message à rappeler : « Vous avez énormément de chance d'être encore en vie. Mais ça, vous le savez déjà, pas vrai ? »
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Sirius / S. Servant. - Rouergue, 2017. - (Epik)

Il n'y a plus grand monde sur terre. Avril et Kid, réfugiés depuis des années dans une cabane en haut d'un arbre ne voient que Madame Mô, régulièrement. Mais bientôt, il faut fuir car Darius a retrouvé leurs traces.
C'est un monde apocalyptique qui cumule toutes les catastrophes. Le dérèglement climatique est poussé à son paroxysme ; un terrible virus a frappé de stérilité toutes les espèces, animales ou végétales, virus véhiculé par les animaux. Ou les réfugiés. Peu importe, il faut un coupable.
Pour précipiter un peu plus vite encore « le monde dans la folie et la mort », s'ajoute une guerre où l'on s'en prend donc aux animaux, éradiqués massivement par l'homme, aux réfugiés, stigmatisés et parqués. Et puis il y a ces messies fous, les étoiles noires, qui tuent pour hâter le dessein de dieu. Oui la fin du monde semble si proche, même le ciel se vide de ses étoiles.
Mais Avril résiste, essaie d'élever Kid du mieux qu'elle le peut et Kid s'avère être un gamin étonnant, d'une bienveillance, d'une détermination et d'une générosité qui tranchent pour le moins avec l'état du monde. Il attire à lui quelques rares animaux survivants et refuse d'en faire de la nourriture, malgré la faim. A leur contact, Kid oublie peu à peu  « le langage et les manières des hommes », communiquant toujours plus profondément avec les quelques animaux qui l'entourent. Kid « l'enfant-animal » et les animaux, en symbiose, semblent savoir où aller. 
Un roman post-apocalyptique qui nous renvoient aux problématiques actuelles : les réfugiés, les intégrismes en réaction à la « déchéance du monde », la surexploitation des animaux traités comme des objets, le nucléaire... autant d'enjeux liés qui pourraient causer notre perte. Kid lui, a choisi d'envisager le monde comme un « même Livre vivant », de vivre et d'être « comme s'il était lui-même un animal (...) peut-être que c'est le futur de l'homme. La seule façon de survivre. »
 « Le monde ne lui avait jamais paru aussi beau que 
depuis qu'elle avait compris qu'il était en train de disparaître. » 

« Un jour peut-être, les hommes s'étaient crus différents. 
Parce que tout leur appartenait. 
Parce qu'ils avaient le pouvoir de vie et de mort sur les autres espèces. 
Mais à présent, à présent, ils étaient nus et grelottants, 
comme au premier jour du monde. » 
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À quoi tu ressembles / M. Wiéner. - Rouergue, 2017. - (DoAdo)

13 nouvelles au rythme de l'année, pour suivre 10 ados (9 garçons et 1 fille), et en creux, leurs parents. Des ados qui ont des vies classiques, que l'on découvre individuellement et en groupe (permettant des résonances entre les nouvelles et leur apportant une densité), en famille, au collège et entre potes... Ils découvrent l'amour, s'interrogent sur leur avenir... « Grandir, c'est clairement marcher vers la liberté brute et jouissive. »
Il arrive néanmoins que dans leur rapport aux adultes, l'impatience des ados se trouve biaisée, voire sapée. L'intrusion du monde parental ou adulte dans l'univers de ces ados qui, tout en se construisant doivent composer avec les  erreurs, doutes et fragilités de leurs parents, provoquent frustration, incompréhension, voire sentiment de trahison. Les adultes ont l'art de jeter un froid, d'installer un malaise qui tranche avec la fougue et la sincérité des jeunes. Qui vont devoir perdre leur candeur.
Mais par-delà cette gêne, l'amour des parents transparaît indubitablement. Notamment dans la dernière nouvelle, la seule donnant la parole à un parent, 10 ans plus tard et apportant la preuve qu'il faut faire confiance à ses enfants.
L'interview de Magali Wiener
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Les mots d'Emile / V. Cuvellier ; R. Badel. - Gallimard, 2017

Émile ne vit pas ici une nouvelle aventure mais se décline dans l'exercice de l'abécédaire. Éprouvé par la logique propre d’Émile et l'humour décalé de l'auteur, l'abécédaire ne ressemblera à aucun autre avec par exemple des C comme croûton -Émile les aime tellement qu'il « met même des croûtons dans ses croûtons » - et Z comme zobi parce c'est tellement bien de dire des gros mots. Pour sûr, vous ne trouverez ce X dans aucun autre abécédaire !
On retrouve l'alliance parfaite entre texte pince-sans-rire et illustration désopilante du tandem Cuvellier-Badel.

Nerval, l'inconsolé / D. Vandermeulen ; D. Cazenave. - Casterman, 2017

Vandermeulen et Cazenave nous dépeignent, dans cette BD biographique, la vie dissolue du poète romantique Gérard de Nerval : Poète mélancolique devenu fou qui trouva la mort de façon tragique. Reconnu pour sa traduction du Faust de Goethe, il ne parvient pourtant pas à se faire un nom de son vivant contrairement à ses amis écrivains (Théophile Gauthier...) ou artistes.
Très bonne BD qui raconte les étapes importantes de la vie de Gérard de Nerval : chaque étape ayant en préambule une phrase d'une des œuvres du poète (Voyage en Orient, Filles de feu) ou de ses correspondances. Les auteurs mettent aussi en perspective ses problèmes de relation avec les femmes.
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Betty Boob / V. Cazot. ; J. Rocheleau. - Casterman, 2017

A la suite d'une ablation du sein gauche, Élisabeth voit son monde s'écrouler. Elle perd son emploi, son copain qui accepte mal la nouvelle situation. Elle essaye de remplacer le manque de ce sein en utilisant une pomme puis un faux-sein. Pour couronner le tout sa perruque s'envole. Mais cette situation ne dure pas car elle se voit embarquée, malgré elle, dans l'aventure d'un cabaret. Elle devient alors Betty Boob.
BD qui traite avec humour d'un sujet grave, sérieux : celui du cancer du sein, sans tomber dans la caricature. Les auteures ne cherchent pas à dramatiser. Le scénario, quoique peu présent, est bien ficelé, teinté d'humour. Le titre en est le reflet (référence à Betty Boop) ainsi que la chanson. Le graphisme de Julie Rocheleau est explosif : les couleurs chaudes, qui invitent à la joie de vivre, sont dominantes.
Très bonne BD, qui certes traite encore de maladie, mais sans être fataliste. Elle insiste sur l'espérance et l'optimisme.