Mon premier Hamlet / B. Lindgren ; A. Hoglund. - Cambourakis, 2020

« Hamlet pas content. Maman d'Hamlet bête. Papa d'Hamlet mort (...) Nouveau papa très bête. »...
La Tragique histoire d'Hamlet, une des pièces les plus longues de Shakespeare, est ici résumée en 14 saynètes aux phrases nominales et lapidaires. Les illustrations vont elles aussi droit au but, servies par des animaux anthropomorphisés. Autant dire que le tragique est totalement balayé, le dernier acte s'achevant dans un grand éclat de rire, tant il est expéditif !

Bonne nuit, Alphonse Aubert / G. Bergström. - L’étagère du bas, 2020

En Suède, Alphonse Aubert est très célèbre ! Il fait même partie des « classiques » de la littérature jeunesse. Dans cet album, « il n’est pas très sage parce qu’il est triste : il ne veut pas aller se coucher ». Alphonse vit seul avec son papa, un homme profondément bon et d’une patience sans limite… Il offrira à son fiston, malgré l’heure tardive, une longue histoire, un grand verre d’eau, des draps propres, sa protection infaillible contre le lion du placard mais, épuisé, il ne pourra pas lui apporter son doudou, oublié sous le canapé du salon. Le suspense est à son comble ! Alphonse Aubert est un fripon, un brin moqueur mais d’une attention immense face à son papa. 
Un petit livre au charme vintage, rempli d’amour et superbement traduit. 

Inès voulait aller danser / M. Bouchareu. - Libertalia, 2020

Chaque année à Candy-Raton, le grand bal est attendu par toute le communauté de rats avec grande impatience : les couples s'y forment pour la vie entière. Inès a reçu sa toute première invitation mais ne partage pas l'euphorie de sa famille. Lorsqu'elle annonce qu'elle ne veut pas s'y rendre, l'incompréhension est totale, chacun veut comprendre et émet des hypothèses. Pour ne pas les décevoir, elle se résigne. La rencontre avec une autre jeune rate l'amène vers un autre chemin... 
Ce roman pour les 8-12 ans invite chacun·e à suivre sa voie, non pour plaire à sa famille, non pour suivre les normes sociétales (être en couple et procréer par exemple) mais pour découvrir qui iel est. Inès ou la liberté d'être en accord avec ce qu'elle est.

Le nombril / G. Baum ; S. Chebret. - Frimousse, 2020

Il est d'usage, pour l'Empereur d'Ici, de recevoir tous les mardis un petit roi d'Ailleurs. Ce dernier se doit d'arriver avec un présent, animal sauvage ou antiquité c'est selon. 
Mais voici qu'un roi de Presque-Rien offre un étrange objet. La colère due à l'ignorance laisse place à la satisfaction de l'égotisme : l'objet est en réalité un appareil photo. Dès lors, l'empereur se dressera le portrait sous toutes les coutures. Jusqu'à l'ultime, non désiré, non maîtrisé mais ô combien réjouissant pour le lecteur !
Les puissants, les politiques et/ou les narcissiques (toute allusion aux selfies ne saurait être fortuite), chacun en prend pour son grade dans ce conte facétieux aux illustrations non moins malicieuses. 

Ca pue ! Tout sur les odeurs / C. Gifford ; P. Gamlen. - La Martinière jeunesse, 2020

Des titres accrocheurs (Le quiz du "Grand Répugnant" !) ou intrigants (Putride passé), un langage familier (Tout le monde schlingue), une illustration sans fausse pudeur, voilà de quoi entrer facilement dans ce documentaire plus scientifique qu'il n'y paraît ! Le sujet de l'odeur est abordé à travers plusieurs angles : anatomie, éthologie, botanique, sociologie… avec un volet historique en prime et quelques expériences (Le labo des odeurs).
Une approche pluridisciplinaire, où se combinent rigueur scientifique et fantaisie décomplexée, pour un thème universel !

Momoko : une enfance japonaise / Kotimi. - Rue du monde, 2020

8 chapitres et 3 bonus pour découvrir la vie de Momoko à l'école, à la maison, au marché... Cette petite fille japonaise, qui entre en CP dans les années 70, nous présente les personnes de son entourage, comme sa petite sœur freinée par un handicap mental, ou les redécouvre avec nous, tel son papa lors d'une sortie au golf ou sa grand-mère pendant la cérémonie du thé. 
Une immersion à la fois familière et dépaysante, singulière et universelle.

Tiguidanké / V. Simon-Catelin ; F. Soutif. - Kaléidoscope, 2020

Papa voulait forcer sa fille à manger les P'tits Farcis -alors que bon, c'est SON plat préféré à lui- et a appelé le loup pour l'y contraindre. Bien fait, c'est LUI qui s'est fait avaler ! 
Tentative risquée, Tiguidanké opte à son tour pour le chantage et menace d'appeler le chasseur pour motiver le loup à manger les P'tits Farcis. Le chasseur  avale le loup. Bien. Mais elle a toujours les P'tits Farcis sur les bras... 
Qui mangera les P'tits Farcis ? Qui défilera encore dans cette histoire à répétition ? Reverra-t-on Papa ? Certes oui car nous sommes dans une farce, à la démesure croissante, où les dévorations sont suivies de régurgitations peu ragoutantes mais jubilatoires. Avec tout ça, Tigui a FAIM... Heureusement, les pages de garde offrent les recettes... de farcis :-/

Tigre / J. Jutte. - Editions des Eléphants, 2020

Un tigre comme animal de compagnie ? Ma foi pourquoi pas se dit Joséphine après avoir trouvé un tigre dans le bois environnant. C'est ainsi que Tigre s'est retrouvé à partager le quotidien de la vieille dame originale, et les voisins n'y trouveront bientôt plus rien à redire. Mais un jour Tigre ne ronronne plus... Joséphine va devoir prendre une décision difficile.
L'histoire, très sensorielle dans la relation à l'animal, a des accents de conte étiologique. Sa force est surtout de mettre en scène une relation altruiste, généreuse, prête à s'oublier pour le bien-être de l'autre.

Les petites filles cruelles / Mr Tan ; C. Hüe. - Talents hauts, 2020

Un titre qui sonne comme un oxymore... 15 portraits de fillettes pas du tout modèles.  Sauf à changer d'étalon de mesure. 
Camilla est possessive, Ursula exclusive, Sidonie ingrate, Nelly pyromane… toutes ont un penchant avéré pour le gothique ou... le meurtre, de la poupée aux frères et sœurs, en passant par les animaux de compagnie.
Humour noir, trash qui revisite radicalement les stéréotypes, en rimes et illustrations à bonne distance. 
Voir la notice

Alphabet politique (et philosophique !) / A. Rosenstiehl. - T. Magnier, 2020

Abécédaire, atlas, initiation à la philosophie, à la politique, bestiaire… cet album ample aiguise la curiosité intellectuelle et éveille la fibre militante. Chaque lettre est déclinée en 2 mots (Quantité / Qualité ; Ile / Infini ; Démocratie / Don...) dont la résonance est renforcée par les illustrations astucieuses de l'indémodable et talentueuse Agnès Rosensthiehl. 

Le garçon invisible / T. Ludwig ; P. Barton. - D²eux, 2020

A l’école, Arthur est invisible. La maîtresse est accaparée par ceux qui prennent beaucoup de place, ceux que l’on voit, ceux que l’on entend, sans cesse. Arthur, quand il est visible aux yeux des autres, est rejeté. On refuse de jouer avec lui, de l’intégrer dans son équipe, de manger à sa table, de s’intéresser à sa passion première : le dessin. Justin, fraîchement arrivé dans la classe, est lui aussi victime des moqueries des autres élèves. Il est trop différent pour être intégré. Arthur, touché par le sort qui lui est réservé, sera là pour l’accueillir tout en douceur et avec beaucoup de délicatesse. Lorsque ce dernier lui tendra la main pour travailler en groupe, l’invisible Arthur s’illuminera !
Un album nécessaire sur l’estime de soi, le respect des autres et la méchanceté dont peuvent faire preuve certains enfants, pris dans un groupe. 
Testé et approuvé par de jeunes lecteurs, ce livre ne laisse personne indifférent ! 

Age tendre / C. Beauvais. - Sarbacane, 2020. - (Exprim')

Entre la 3ème et le lycée, chaque élève est désormais amené à effectuer un service civique (sercipendant une année entière. Valentin est affecté dans une unité mnemosyne qui accueille des personnes en fin de vie, atteintes de démence. 
La particularité du lieu est de reconstituer les environnements de jeunesse des patients pour les dérouter le moins possible. Valentin tombe sous le charme de cette « fausse ville modélisée flower power », sorte de Truman show, où « tout se fait avec douceur et attention. » « Peut être que c'est le dehors qui est faux par rapport au dedans ». Cet environnement préservé permet à Valentin, surdoué au profil non neuro typique et sujet à de fréquentes crises d'angoisses, d'apaiser un grand nombre de ses anxiétés. 
Age tendre est le rapport de stage de ce service civique, qui outrepasse très largement le nombre de pages réglementaire car Valentin a le sens du détail et de l'exactitude (et Clémentine Beauvais celui de l'humour). Le journal en temps réel est augmenté de notes rétrospectives, permettant de voir Valentin s'épanouir. 
Age tendre est lui-même une sorte d'espace mnemosyne réconfortant, où les angoisses qui sont déjà les nôtres (réchauffement climatique, déchets nucléaires...) sont contrebalancées par une vision de société légèrement futuriste plus éclairée (la France a désormais une présidente qui œuvre pour des services publics renforcés et la redistribution ; l'Angleterre est totalement végétarienne...). 
Clémentine Beauvais, évoquant les thématiques de la mémoire (et de ses spirales), des deuils en tous genres, joue ainsi moins sur la fibre nostalgique que sur celle de l'espoir. Tout au moins du grand potentiel de l'instant présent. 


Rose rage / I. Cantin. - Hachette, 2020

C'est d'abord l'attrait d'un bon papier pour le journal du lycée qui attire Rachel, l'interview d'une élève renvoyée pour avoir frappé un terminal. Mais l'injustice qui lui est confiée devient un combat : on ne devrait pas se faire harceler sexuellement, pas plus au lycée qu'ailleurs, en toute impunité. La démarche journalistique se transforme en militantisme et l'article, en manifeste d'appel à la grève. 
Rachel est surprise par l'ampleur du mouvement, quelque peu paniquée devant tout ce que cela implique, les responsabilités, les guerres d'ego, les engouements et découragements, les stratégies à mettre en place... Elle doit dépasser ses propres doutes, son sentiment d'illégitimité pour réaliser que l'union, dans la colère et la révolte, permettra à la solidarité féminine de faire ses preuves ! « Si j'étais capable d'une telle empathie, c'était que la menace d'une situation semblable pesait tellement sur toutes les femmes qu'on avait fini par en intérioriser les ressentis. » La féministe d'une cause deviendra féministe systémique et ces « sept filles qui n'avaient pas voulu se taire, pour une fois », vont faire bouger les lignes.
Illana Cantin évoque le combat féministe à l'échelle de la psychologie humaine et le rend en cela à portée de chaque lecteur·ice, fille ou garçon (ces derniers sont invités à repenser leur place dans le mouvement) !
« Visiblement, dans ce monde, demander un peu plus de justice pour les femmes, 
c'est empiéter sur les libertés des hommes. » 

Ballade pour une baleine / L. Kelly. - Milan, 2020

Iris est particulièrement sensible à la solitude. À celle de Blue 55, baleine empêchée de communiquer avec ses congénères à cause d'une mélodie unique qui n'est pas au diapason ; à celle de sa grand-mère aussi triste qu'un  « novembre pluvieux » depuis la mort de son mari ; et même à celle de ces vieilles radios défectueuses abandonnés à la décharge, qu'elle excelle à réparer.  
Elle en connaît elle-même un rayon en matière de solitude : Iris est particulièrement isolée, sourde dans un monde d'entendants. Lorsqu'elle trouve une idée pour entrer en communication avec Blue 55, elle met tout en œuvre pour la concrétiser. Même s'il faut aller jusqu'en Alaska, même s'il faut mentir à ses parents. 
Iris est l'incarnation de l'empathie et de la détermination, démontre par l'exemple qu'un handicap ne nous définit pas exclusivement, pas plus qu'il n'entrave les rêves. 

Les ombres que nous sommes / S. Caillis. - T. Magnier, 2020

Camille est une ombre, qui recherche la transparence et le calme. La bibliothèque est son refuge, le collège un passage obligé et l'atelier théâtre un moyen d'améliorer sa moyenne. Monter sur scène, voilà néanmoins qui tranche dangereusement avec sa volonté de se faire oublier, d'autant plus qu'il excelle dans sa performance de Titania, la reine des fées. Or oui, Camille est un garçon. Mais Camille est également celui qui se sent incroyablement bien dans ce rôle et qui depuis sent monter une sève de vie en lui. « Je n'en revenais pas de l'inconstance de mes pensées. Les corps s'invitaient dans ma vie sans crier gare. » Notamment les corps de Zoé, rassurante, protectrice et clairvoyante, de Thimotée, qui suscite le désir fougueux ; et de Salomé l'affriolante. « Confusion, hésitation, tergiversation ».
Mais ces « accents récents de sensualité » refluent brutalement devant le harcèlement féroce des collégiens. Chaos. Comment se construire au centre de l'attention malveillante, à l'âge des incertitudes de l'enfance et de l'adolescence, alors qu'on se sent si étranger à la notion de catégories, si réfractaire aux  « tyrannies collectives  »...
L'auteure explore les multiples facettes de la masculinité, de la féminité, du désir amoureux. Ses personnages principaux sont bienveillants et sincères et portent l'étendard de la défaite des frontières.

Le livre des papas / J. Takabatake. - Nobi Nobi, 2020

8 saynètes de 4 feuillets chacune, qui mettent en scène des papas animaux et leur(s) rejeton(s) dans des situations de jeux et de tendresse... La maman est également présente, le plus souvent en creux, mais c'est à coup sûr une belle complicité familiale qui est à l'honneur ici, dans un dessin épuré, des scénarios variés et un humour subtile. 

Petits sauvages ! / M. Arnal. - Ecole des loisirs, 2020

Ils piquent le linge sur votre fil, déchiquettent ce qu'ils trouvent sur leur passage, ne vont évidemment pas à l'école, balancent des projectiles à tout va, se marrent de toutes leurs bêtises.
Le soir et le froid venus, ils rentrent chez eux à « quatre pattes », avides de caresses. « Nos petits sauvages savent être sages »... Le temps d'une nuit de repos !
On peut s'indigner de cet ensauvagement ou se réjouir de cette liberté, dans la joie d'être ensemble et d'outrepasser les règles, pour des grosses bêtises qui ne portent pas à conséquence. 


Allez Mémé ! / G. Baum ; A. Piu. - Amaterra, 2020

Mémé n'est pas commode. Quand la narratrice va chez elle, l'organisation est militaire et l'ambiance morose. Ce matin, elle doit apprendre à faire du vélo. Sans les petites roues. Pas de discussions. Lorsqu’elle tombe, « Mémé ne transige pas, elle (...) ordonne d'y retourner. » Échec après échec, sur l'insistance sans pitié de Mémé, elle arrive enfin à rouler ! Mémé applaudit ! Joie et liberté... Mais quel goût peut avoir la liberté lorsqu'elle n'est pas partagée ? Alors il faut désormais s’occuper de Mémé, qui avait des raisons de tant insister auprès de sa petite fille...
Contrastes des proportions, des couleurs et des sentiments s'estompent pour évoquer un apprentissage et  une émancipation partagés.
Drôle, enlevé et touchant, on referme l'album avec « des ailes dans le dos. »

Romy et Julius / M. Carteron ; C. Pierré. - Rouergue, 2020. - (DoAdo)

Romy est fille du boucher, et dans sa famille, tout le monde vit de l'exploitation animale. « Traditions, traditions. 
»
Julius est végétarien, ses parents sont vegans et écologistes, son meilleur pote l'incite à militer plus activement.  
Est-il possible d'imaginer que ces deux-là puissent tomber amoureux ?
Est-il possible d'imaginer que ces antagonismes puissent se comprendre ?
Peut-être, si l'on place les animaux au cœur du débat, à l'image de la scène finale qui réinvente la tragédie Roméo et Juliette pour la placer sous les auspices de la liberté et de la réconciliation. 
Peut-être... tout du moins en ce qui concerne les animaux de cirque, à défaut de ceux destinés à l'élevage. « Traditions, traditions. »

Aaaaaawh ! / M. Viale. - Joie de lire, 2020

« Quand un bâillement arrive, il est très difficile de l'arrêter. » Il est tout aussi difficile, lorsqu'on voit quelqu'un bailler, de ne pas suivre le mouvement. Démonstration à l’appui avec cet album qui, du trou béant de la couverture aux personnages successifs, nous amène à bailler, relâcher la pression, rejoindre Morphée... Testé et homologué !