Chère toi que je ne connais pas / I. Pin. - Hélium, 2018

« Chère toi, as-tu envie de venir prendre le goûter chez moi ? » Derrière ces simples mots, l’hôtesse à l'initiative de l'invitation tâche de penser à tout pour mettre à l'aise sa future convive et la gâter autant que possible.  Elle ne la connaît pas encore, sait juste qu'elle vient d'un pays en guerre et qu'elle parle « une autre langue » mais on sent bien, dans les intentions de l'invitation et l'attention qu'elle porte à cette inconnue, que leur relation sera riche d'échanges... 
Un album tout en délicatesse et empathie.

4998 amis / D. Cali ; Kotimi. - Rue du monde, 2018

Rivé à son portable, le narrateur se targue d'avoir 4998 amis... « 78 ont oublié mon anniversaire. Mais pour 89, c'est moi qui ai oublié le leur ! » Dans un décompte qui interroge les présences et manquements de chacun, le tri se fait : sur combien de personnes peut-on réellement compter ? Et soi-même, quel genre d'ami est-on ?
Petit album qui interroge nos pratiques virtuelles et nos amitiés...

Dans la barbe de Barnabé / D. Beedie. - Kimane, 2018

« Chaque arbre qui tombait le rendait fier et heureux ! » Alors il abat, Barnabé, quotidiennement, méthodiquement, consciencieusement. Mais lorsqu'il reçoit nuit après nuit les animaux qui ne savent plus où s'abriter, il comprend son erreur et leur propose sa barbe épaisse pour refuge. Ce qui va finir par miner son moral... Il faut prendre des mesures drastiques !
Ce grand pataud costaud est plus naïf que dangereux, il aura l'occasion de prouver sa sincérité, sa bonne volonté et son efficacité. L'image finale est irrésistible, dans une symbiose, homme-animal-nature.

Le jardinier de la nuit / The Fan Brothers. - Little Urban, 2018

Rue des chagrins, tout est sépia. Devant l'orphelinat, l'arbre a pris dans la nuit la silhouette d'un hibou. William est émerveillé. La nuit suivante, d'autres arbres sont taillés, sous la forme d'animaux à chaque fois différents. « Il se passait enfin quelque chose rue des Chagrins. Quelque chose de joyeux. » William identifie celui qui en est reponsable. Avec le jardiner de la nuit, ils travailleront chaque nuit à remodeler les arbres pour égayer le quotidien des riverains.
La taille des arbres cristallise le sujet de la transmission, par le symbole des outils dont William se retrouve bénéficiaire. L'album se clôt sans le jardinier, dans la confiance faite à William.

Journal d'une fille chien / L. Jaffé. - La ville brûle, 2018

« Depuis treize ans que je suis née, ma laideur me tient lieu d'identité. Pour tout le monde, je suis le Monstre. » Atteinte d'hypertrichose, Josépha est surnommée la fille chien. Dans son journal intime, elle raconte sa différence et surtout le regard des autres, d'autant moins bienveillant depuis le durcissement des mesures gouvernementales sur les « déficients intellectuels » et autres « contrefaits ou anormaux ».
Bientôt, elle est envoyée dans un centre de regroupement des handicapés. Si elle est privilégiée, faisant partie avec quelques autres d'un programme de télé-réalité, le « traitement miséricordieux » (ou comment jouer avec la langue pour faire passer une idéologie nauséabonde) dont est victime la majorités des enfants laisse peu d’ambiguïté sur l'objectif réel du pouvoir. 
Le lien au nazisme, par l'analogie au journal d'Anne Frank, est manifeste mais Laura Jaffé rappelle dans cette histoire d'anticipation que l'eugénisme reste une menace.

Dans la gueule du loup : une histoire vraie / M. Morpurgo. - Gallimard, 2018

On fête ses 90 ans aujourd'hui, mais Francis est ailleurs.... dans les souvenirs de son enfance et surtout des années de guerre qui l'ont amené, malgré sa certitude que « le pacifisme était la seule voie possible pour l'avenir de l'humanité », à s'engager dans la résistance en France. Parce que l'idéologie s'est heurtée à la réalité du fascisme, à la mort de son frère et de tant d'autres, à la nécessité d'assurer à ses enfants un avenir libre.
C'est l'histoire de son oncle que Michael Morpurgo raconte ici en quelques 160 pages illustrées par Barroux. Le décalage entre les notions abordées et le parcours d'une vie dessinée à grands traits peut dérouter mais constitue une belle porte d'entrée au thème de la non violence et de la conscience politique.

Mon chien, papa et moi / R. Frier ; M. Daniau. - A pas de loup, 2018

« On ne peut pas dire le contraire, il y a une mauvaise ambiance à la maison. » Fiston soupçonne Papa de s'être remis à fumer, Papa accuse son fils, et Trésor... se met à tousser. Le coupable est donc le chien : « Ben quoi ? a dit mon chien. Je ne vois pas où le problème ! »
Histoire décalée et désopilante dont le héros incontestable est un chien sans gêne, roublard et roi de l'incruste et les victimes, de pauvres humains dépassés par son indolence envahissante.

Demain, il fera beau / R. Eve. - Saltimbanque, 2018

Un ourson est séparée de sa mère ! La situation n'était déjà pas simple, avec la réduction de la banquise mais l'ourson, seul, en dérive sur l'océan, ne veut pas perdre espoir... Il nage jusqu'à l’épuisement, bénéficie de la solidarité de quelques autres animaux et finit par retrouver sa mère.
Cet album, format à l'italienne, donne toute sa place aux océans qui ont recouvert la surface de la terre, offrant un message fort sur le réchauffement climatique. Mais il en délivre un autre, tout aussi puissant, sur l'espoir : « Ne pas abandonner, et essayer de faire changer les choses. » Même si paradoxalement, l'humain n'est plus là dans cette histoire...

Les cailloux / E. Dos Santos. - Chandeigne, 2018

Un homme s'approche d'un groupe, tente un salut timide mais se fait recevoir par un lancer de pierres. Loin de riposter, l'homme se sert des-dites pierres pour se construire un abri. Puis baliser un chemin vers les hostiles...
Album sans texte, limpide dans son message non-violent et hospitalier.

Hortensia / M. Chartres ; J.-L. Englebert. - Ecole des loisirs, 2018. - (Pastel)

Attaché à une courte corde au milieu de nulle part, un chien garde la maison. Il aboie sur tous les animaux qui passent à proximité, réclamant leur aide, exigeant sa libération. Mais ces derniers, n'entendant que sa colère, passent leur chemin. La détresse se mue en désespoir...
Texte ciselé et émotions poignantes pour cette histoire (dans la filiation des Musiciens de Brême), véritable hymne à la solidarité et la liberté.

L'incroyable destin de Perry Cook / L. Connor. - Bayard, 2018

Blue River est un établissement pénitentiaire à sécurité minimale, mixte, où les personnes incarcérées ne sont pas des prisonniers mais des résidents. Le taux de récidive y est proche de zéro. 
Blue River a une autre particularité : il accueille un jeune ado de 11 ans, fils d'une résidente, qui a pu rester avec sa mère bien au-delà de l'âge autorisé grâce aux méthodes alternatives de la directrice. Perry se sent bien dans cet endroit, aimé de tous, tout en pouvant, lui, sortir en journée. Mais un procureur a vent de l'histoire et ne le trouve pas du tout à son goût. La réglementation avant tout : il ordonne sa sortie et son placement...
La narration est assurée par Perry, avec sa voix candide loin de toutes considérations légalistes mais quelques chapitres donnent à entendre sa mère, plus inquiète, préoccupée par le bonheur de son fils et les conséquences de cette mesure d'exception dénoncée au grand jour. Dont on se dit qu'elle devrait donner à réfléchir tant « l'amour d'une famille est un puissant antidote à la récidive. »

Cache-cache cauchemars / J. Lecointre. - T. Magnier, 2018

« Les monstres n'existent pas ! » s'échine à répéter le grand frère à sa petite sœur terrorisée. Ils inspectent ensemble chaque pièce de la maison pour lever tout doute. Sans que la petite ne soit rassurée. Et pour cause...
Jean Lecointre a déniché en brocante de vieux magazines pour réaliser les créatures monstrueuses qui habitent ces photos montage. L'ambiance est déroutante, voire effrayante, mais la chute est assez malicieuse pour lever toute angoisse.
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Il se pourrait qu'un jour je disparaisse sans trace / Thierry Beinstingel. - Fayard, 2018

"C’est probablement l’angoisse la plus terrible de l’homme, disparaître ainsi sans trace, sans que personne de votre famille, de vos amis, ne sache ce que vous êtes devenu."
Elle est professeure d’Allemand et ça la désole de voir que de moins en moins d’élèves s’intéressent à cette langue. Elle qui croyait avoir la vocation a l’impression de ne servir à rien, d’avoir son métier en aversion. Mais qu’a-t-elle fait de tout ce temps ? Une vie de conformité, de reproduction sociale, toute en apparence, mais où est-elle dans tout cela ? Elle est séparée de son mari, elle et sa fille s’évitent chaque jour et elle est en froid avec sa jeune sœur. Elle trouve un dérivatif en se rendant tous les vendredis donner des cours de Français à des migrants dans une association.
C’est une jeune fille sans emploi aux airs de garçon manqué. Elle a grandi dans une famille dans laquelle les parents ne s’entendaient pas. Faute de mieux, elle gagne un peu d’argent en s’occupant d’un enfant attardé, autiste peut-être, qui vit seul, abandonné, dans une tour condamnée à la destruction. Et puis elle est amoureuse aussi…
Lui était sans emploi depuis plusieurs mois, alors il a pris ce qu’on lui proposait. Un contrat de quelques mois pour un bon salaire. Il sera agent d’entretien d’une station de pompage à l’arrêt, isolée, encerclée de champ de maïs, dans un pays africain. On croirait Drogo dans Le Désert des Tartares de Buzzatti.
Trois destins que l’on suit à tour de rôle, chapitre après chapitre. Trois êtres abîmés en quête d’un centre de gravité, d’un sens à leur vie. Bon style, belle construction, beaucoup d’humanité, c’est vraiment très bien.

Avis : ***

Batman - white knight / S. Murphy. - Urban Comics, 2018 - (DC Black Label)

Comics original qui a pour point de départ la repentance du Jocker. Suite à une course poursuite entre Batman et la Jocker, ce dernier est guéri de sa folie. Il devient même une icône repentie en la personne de Jack Napier. Batman, quant à lui, se voit tenu pour responsable des dommages collatéraux. Batman est-il bon pour 'Gotham City' ? Telle est la question posée, alors que Jack Napier s'impose comme le sauveur de la ville.
Comics très intéressant  où le personnage  d'Harley Quinn est largement mis en valeur. Il est même le moteur du récit.  Le dessin de Sean Murphy est superbe, les scènes d'action très belles.
Batman -white knight mérite donc une attention particulière même si la fin tombe dans un certain classicisme.
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Texas Jack / P. Dubois ; D. Armand - Le Lombard, 2018 - (Signé)

Texas Jack, tireur d'élite de légende, est approché par le gouvernement pour mettre fin aux exactions commises par la bande du terrible Gunsmoke. Texas Jack accepte le contrat. Mais se confronter à la réalité est autre chose que d’exercer son talent dans un cirque.
Western réaliste au scénario prenant. Le graphisme est superbe et montre la violence sans trop l'exagérer. En définitive, c'est une BD de très bonne facture.

Peleliu : Guernica of Paradise t.1 / K. Takeda ; collaborateur M. Hiratsuka. - Vega, 2018 - (Seinen)

Petit îlot situé au sud des îles Palaos, Peleliu a tout pour être un véritable paradis. Mais il est devenu un enfer. Enfer pour des dizaines de milliers de soldats japonais et américains. En effet à l'été 1944, une sanglante bataille se déroula dans cet îlot de Peleliu, devenu point stratégique pour la suite de la 'Guerre du Pacifique'. Malgré un intensif pilonnage de plusieurs jours effectué par l'aviation américaine, les japonais,  par leur résistance acharnée, mirent pendant plusieurs mois les G.I en échec.
Manga où l'on suit la vie du soldat Tamaru, aspirant mangaka, chargé par sa hiérarchie d’embellir la mort de ses camarades tombés au front. Très bon manga qui décrit avec force la dure réalité de la guerre. Les visages enfantins des soldats n'entament en rien la portée de cette œuvre.
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Appelez-moi Nathan / C. Castro, Q. Zuttion. - Payot, 2018. - (Payot graphic)

Appelez-moi Nathan traite d'un sujet compliqué, souvent tabou : Celui du mal-être des adolescents, de l'acceptation d'être soi-même, de son identité.
Les auteurs de cette BD racontent l'histoire de la jeune Lila qui s'est toujours considérée comme un garçon. Lorsque débute la période de l'adolescence, elle se refuse à devenir une jeune femme. Elle demande alors à être appelée Nathan. Ainsi débute son lourd combat pour devenir un homme.
BD très bien construite qui traite le sujet dans son ensemble. En effet, elle s'attache aussi à montrer l'impuissance, le désarroi de la famille de Lila / Nathan face à cette situation. Quant au graphisme, il retranscrit avec force le mal-être de la jeune Lila et son combat.

L'insomnie / Tahar Ben Jelloun. - Gallimard, 2018. - (Blanche)

Divorcé depuis deux ans, le narrateur, un scénariste marocain, abrège discrètement les souffrances de sa mère en l’étouffant sous un oreiller. S’ensuit pour lui, insomniaque incurable, une nuit de sommeil extraordinaire. Son crime ne l’empêche pas de dormir, bien au contraire, et pendant un an tout va pour le mieux. L’insomnie étant ensuite de retour, et ayant compris qu’à chaque tué il gagne du capital sommeil, il multiplie les passages à l’acte. Il ne se considère pas comme un tueur mais comme un hâteur de mort car il ne s’en prend qu’à des personnes malades, en fin de vie, qu’il s’agisse de pauvres vieux innocents atteints de la maladie d’Alzheimer ou d’un ancien tortionnaire du régime d’Hassan II. Ah s’il pouvait liquider une personne suffisamment importante pour lui assurer définitivement le sommeil réparateur ! L’idée de départ est originale (quoique farfelue) mais elle oblige à un développement un peu répétitif. Ben Jelloun ne s’en sort néanmoins pas trop mal et son texte est plaisant.
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 Avis : **

Les Amochés / Nan Aurousseau. - Buchet-Chastel, 2018. - (Bleue)

« Est-ce que la réalité n’est pas complètement inventée, une super-illusion d’optique mentale ? » p. 132
Montaigu-le-Fré, 1642 mètres d’altitude, trois habitants et quelques maisons en ruine. Il y a là Jacky et Monette, un couple discret mais serviable, et puis, plus loin, Abdel, 67 ans. Oisif, opposé au travail, misanthrope, Abdel a profité de l’héritage de la maison parentale pour se poser. Très cultivé, il lit un livre par jour, au moins. Souffrant tout de même de solitude, il avait trouvé une compagne. Au bout de trois mois, et pourtant c’était l’été, elle n’y tint plus et s’en alla. Subissant une dépression amoureuse, Abdel ce matin-là dort plus longtemps que de coutume et est réveillé par un moineau qui vient s’écraser contre le Velux. Se levant, il s’aperçoit qu’il n’y a plus d’électricité nulle part, que l’eau suinte des miroirs et qu’il a dans la bouche comme un goût d’électricité. Il part en vélo à la ville pour essayer de comprendre ce qui se passe tandis qu’un son identique à celui d’un frigo géant se déclenche ponctuellement. Quelque chose a manifestement dérapé. L’auteur déroule cette folle histoire avec une grande aisance de ton, beaucoup d’imagination, un peu d’humour, aussi il est difficile de s’arrêter en cours de route.
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 Avis : **

Suzanne / Frédéric Pommier. - Equateurs, 2018

Suzanne avance vers l’âge canonique de 96 ans. Ce n’est pas rien ! Elle a perdu son frère il y a 84 ans, son fils il y a 74 ans et son unique mari il y a 56 ans. Elle a encore quatre filles, quatre fleurs : Marguerite, Iris, Rose et Violette. La placer dans une résidence pour séniors est devenu une obligation en raison de son arthrose généralisée. De là, elle est partie illico dans un Ehpad, son état ne faisant qu’empirer. Le genre de mouroir où elle s’était jurée qu’elle ne finirait jamais. Voilà, elle y est. A la merci d’un personnel débordé et négligent, de résidents qui n’ont plus leur tête ou carrément devenus agressifs. Humiliation sur humiliation, à la frontière de la maltraitance. A devoir se contenter de repas infâmes et de visites toujours trop rares, toujours trop courtes à son goût. On la désigne au mieux par le numéro de sa chambre, elle n’est plus rien. Alors l’auteur, son petit-fils, reprend le fil de sa vie, lui rend son existence, sa dignité. Le Havre, Caen, Laval, les bonheurs et les malheurs, les espérances et la réalité. Le style est assez plat mais le sujet nous prend. Premier roman.
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 Avis : **