Le grand loup et la fée rouge / V. Cauchy ; R. Galera. - Cépages, 2017

Ce loup-là « n'avait pas beaucoup d'idées dans les placards de sa mémoire. Heureusement ceux de son cœur étaient plus fournis. » Lorsqu'il croise une petite fille tout de rouge vêtue, il l'accoste en toute bienveillance. Elle répond en tout confiance. Aucun préjugé n’entache leur relation, sans doute parce qu'ils sont trop sujets eux-mêmes aux moqueries, jugements et rejets : lui avec son handicap mental, elle de par sa cécité. 
Une version du Petit chaperon rouge, dans l'inversion des codes, pour une vision des handicaps synonyme de tolérance et d'ouverture à l'autre. 

Mémoires d'un beau manoir / K. Aoyama. - Nobi Nobi, 2017

Les années passent, les siècles même, mais le bâtiment demeure, indestructible. D'abord manoir accueillant le faste de fêtes somptueuses, puis déserté un temps pour être transformé en hôtel de luxe, restaurant, centre commercial... il pensera sa fin arrivée lorsqu'il est ravagé par un incendie. Mais une bande de gamins des rues lui redonne vie. S'il a perdu de sa majesté d’antan, l'édifice trouvera une nouvelle raison d'être, plus démocratique, plus ancrée dans la réalité sociale de son environnement. 
L'auteur japonais, architecte de formation, réussit à donner vie à ce bâtiment, dans les pensées qu'il lui prête, dans les modifications apportées lors des différents travaux et même dans la façade qu'elle arbore,  de plus en plus anthropomorphe.

Une histoire d'amour / G. Bachelet. - Seuil, 2017

Une idylle entre deux gants de vaisselles ? Cela pourrait virer au grotesque chez tout autre que Gilles Bachelet. Avec lui, le texte pince sans rire et l'illustration ingénieuse aux détails cocasses (leur chien est une brosse ; le manège de fête foraine, un moulin à légume...) tricotent une histoire d'amour à la fois classique et délirante.
Un grand plaisir de littérature jeunesse qui nous fait entrevoir tout un monde possible : la vie des objets qui nous environnent. 

Le petit chaperon rouge / F. Cosanti, Frères Grimm ; G. Francia. - Kimane, 2017

A signaler cette version très graphique du Petit Chaperon rouge, dans une adaptation des Frères Grimm. Papier glacé ; illustrations pleine page qui donnent l'impression de sentir les textures (poils, forêt et tissus) ; les tableaux jouent sur l'alternance gros plans / hors champs.
 
Par la même illustratrice : Hansel et Gretel
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Dans les yeux / P. Jalbert. - Gautier Languereau, 2017

Page de gauche, nous sommes dans les yeux du loup. Page de gauche, dans ceux du Petit chaperon rouge. Les deux personnages livrent leurs pensées : infinitifs instinctifs pour la voix du loup (texte noir) ; dialogues insouciants de la fillette (texte rouge). La tension narrative progresse au rythme de ce texte minimaliste et d'une illustration en noir et blanc jouant sur les cadrages. L'issue est celle de Perrault, intelligemment mise en images par un unique jeu de couleurs.
Une confrontation de points de vue ultra efficace.

Le petit Poucet, c'est moi ! / C. Mauri ; M. Caudry. - Casterman, 2017

Qu'est devenu le Petit Poucet à son retour à la maison ? Ce recueil de lettres entre le cadet de la famille et l'Ogre vous l'apprendra. N'imaginez pas que le Petit Poucet ait été récompensé de ses exploits par ses parents ; n'imaginez pas que l'Ogre lui garde rancœur ; n'imaginez pas davantage que l'Ogre ait renoncé à la chair fraîche...
Laissez-vous plutôt porter par la complicité improbable qui traverse ces 30 lettres pleines de surprises et d'humour, entre un Petit Poucet toujours aussi malin et généreux et un ogre indécrottablement carnivore. Une complicité qui prendra corps autour d'un projet d'écriture : Le Petit Poucet et l'Ogre au bois mangeant. Décidément, l'écriture a du bon !

Le tracas de Blaise / R. Frier ; J. Martinière. - Atelier du poisson soluble, 2017

Lundi, Blaise se réveille avec des pieds d’ours, il en est fort contrarié. Il se rend néanmoins au travail « car il le fallait bien. » Il espère que demain sera synonyme de jour meilleur.
Mardi, les poils ont gagné du terrain mais Blaise persévère. Boulot routinier et insatisfaisant, nouvelles alarmantes du monde qui se déversent à la radio... On ne peut pas dire que les choses s'améliorent. Ça ira mieux demain.
Mercredi, la fourrure a pris ses aises...
Vendredi au petit matin, une décision s'impose. Et enfin, « Blaise allait mieux. »
L'enfance est encore bien présente chez Blaise, qui s’accommode de plus en plus mal de la vie stressante citadine. Il lui préfère un retour à la nature pour le moins radical, dans une fin qui procure au lecteur un apaisement joyeux.
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Hachiko, l'incroyable histoire d'un chien fidèle / P. S. Turner ; Y. Nascimbene. - Nobi Nobi, 2017

Kentaro est aujourd'hui assez grand pour aller à la rencontre de son père à la gare Shibuya. Il y rencontre un chien, qui lui aussi attend un voyageur, un collègue de son père. C'est un rituel qui se répètera de jour en jour, jusqu'à ce que le collègue décède. Le chien lui, ne change rien à ses habitudes...
C'est une histoire réelle qui a inspiré cet album, celle d'un chien qui, bien que n'ayant passé qu'une année avec son humain, lui resta attaché après son décès, dix années durant, jusqu'à sa propre mort.
Exemple paroxystique et déchirant de fidélité, Hachiko deviendra un emblème qui possède aujourd'hui encore sa statue.

Tête de mule / A. Damant. - Rageot, 2017

Cette gamine ne desserrera pas les lèvres, pas question d'avaler son assiette de légumes. Les heures passent, les années même, elle ne cédera pas. Mais ?! Le chat lorgne sur son assiette, lui pique un haricot !!! Voilà de quoi dénouer la situation. Peut-être.
L'album se raconte sans texte, dans une richesse de détails qui prêtent à sourire : design de l'horloge, look de la fillette, environnement extérieur, tout concourt à exprimer le temps qui passe, de la plus incongrue des manières et surtout pour une raison cocasse.
Une histoire à s'approprier, à découvrir et redécouvrir.

Le Traquet kurde / Jean Rolin. - POL, 2017

Un passereau assez quelconque est photographié en mai 2015 au sommet du puy de Dôme. Il s’agit d’un traquet kurde, un petit oiseau jamais repéré en France auparavant et qu’on ne peut observer qu’en altitude. Le narrateur part alors dans ce qui apparaît comme une longue digression sur les us et coutumes des grands ornithologues britanniques de la première moitié du 20ème siècle, souvent des intrigants. Il s’attarde particulièrement sur Richard Meinertzagen, officier des renseignements et ornithologue britannique de renommée internationale. Le personnage n’est guère sympathique, il vole des spécimens d’oiseaux dans les plus grands musées du monde ou encore dans les collections privées, s’attribue des découvertes qui ne sont pas les siennes, dupe sans arrêt le milieu scientifique, pratique à grande échelle la mégalomanie et la mythomanie. Il est méprisant avec ceux qui sont présumés ses amis comme T.E. Lawrence qu’il fait passer pour un imposteur. Puis nous revenons à notre sujet, la traque du traquet kurde. Le narrateur effectue en mai 2016, en pleine occupation du pays par Daech, une expédition au Nord de l’Irak. Il observe effectivement deux mâles avant d’aller en observer d’autres sur le Mont Nemrut à l’Est de la Turquie, en pleine zone du PKK. Pourquoi cette passion dévorante pour ce modeste oiseau ? Pourquoi cette prise de risque invraisemblable pour en observer quelques-uns ? Est-ce là un roman ? Pourquoi cette fin un peu escamotée après l’aboutissement de cette enquête et de cette quête ? Plus de questions que de réponses pour un livre qui s’annonçait original, qui l’est d’ailleurs, mais néanmoins assez décevant et où Rolin paraîtrait presque aussi égaré que son traquet kurde.
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 Avis : **

Dedans dehors / A.-M. Ramstein ; M. Aregui. - Albin Michel, 2017. - (Trapèze)

Des scènes intérieures et extérieures s'opposent dans de grandes illustrations pleine page et sans texte. Mais les contrastes, loin de tout didactisme coutumier des livres sur les contraires, ont une telle pertinence qu'ils amorcent une narration.
La notion de points de vue est évidemment centrale, renforcée lors des dernières pages qui donnent à l'ensemble de l'album une perspective supplémentaire.
Un album à observer dans ses détails qui nous incite tout naturellement à devenir auteur d'histoires renouvelées à chaque double page, qui confrontent « l'espace intime et de l'espace public » (entendre les artistes).

Comment je suis devenu Malcolm X / I. Shabazz ; K. Magoon. - Bayard, 2017

Ils sont 8 enfants élevés par Louise, une femme au courage et à la droiture exemplaires, qui ne résistera malheureusement pas à la grande Dépression et surtout aux pressions des services sociaux qui l'enjoignent de placer ses enfants en famille d'accueil. Malcolm quitte le foyer familial, la première séparation d'une longue série. Un jour, son instituteur lui demande de tempérer ses ambitions : il ne pourra jamais devenir avocat parce qu'il est « Juste un nègre. Si on essaie d'être plus que ça, on se fait remettre à sa place. » Malcolm déchante violemment, prend la décision d'arrêter ses études, de partir à Detroit et de s'enivrer de danse, d'alcool, de marijuana, de mouvement et d'oubli.
« La limite se déplace, encore et encore. » Malcolm devenu Red accepte donc de mouiller dans des combines, magouilles et autres arnaques. Il est un nouvel homme, plus juste un nègre mais quelqu’un d'important qui a même réussi à se faire aimer d'une femme blanche, en ces temps où un nègre arrogant qui ne courbe pas l'échine est en danger de lynchage. 
La fuite en avant n'a qu'un temps, viendra l'heure de comprendre d'où lui vient cette colère, de transformer la nature de son aura. Le roman s'achève sur cette prise de conscience qu'il ne peut plus tourner le dos à son passé et à l'histoire de son peuple, que les mots sont tellement plus puissants que la violence. Malcolm X est né.
Le lecteur pourra être frustré de ne pas avoir la suite de l'histoire de ce grand homme. Mais il demeure passionnant de lire l'enfance de Malcolm X racontée par sa fille Ilyasah Shabazz. De voir que chacun peut construire son destin par delà les obstacles personnels et historiques.
  « Ils ont besoin qu'on sache qu'ils peuvent nous tuer. À tout moment. » 

Les bottes de Petit Jo / M.-C. Hendrickx ; E. Seron. - Ecole des loisirs, 2017. - (Pastel)

Il y a du monde dans cette maison ! Et de l'activité ! Un soir comme tous les soirs, la mère compte les paires de bottes de ses enfants. Six paires de bottes contre sept attendues ! Compter, recompter, tous les adultes s'y mettent mais il faut se rendre à l'évidence : il manque une paire... Petit Jo porte la solution. Mais pourquoi donc était-ce si important de retrouver cette paire de bottes ?
Joli conte de Noël d'après une comptine hollandaise, origine que l'on retrouve également dans les illustrations riches de détails et de tendresse. 

La Belle n'a pas sommeil / Eric Holder. - Le Seuil, 2017. - (Cadre rouge)

"Tout est fiction, prétendent certains écrivains, l’Homme descendrait du songe." p. 163
Antoine est un sexagénaire qui a installé une bouquinerie presque introuvable sur une presqu’île du Médoc. Il vit là chichement, complétant ses revenus en emballant de papier cristal les livres d’une énigmatique Mme Wong. Entouré de ses trois chats, il vit en bonne camaraderie avec Marco, le garde champêtre qui lui rend des visites amicales, et il fréquente Marie, la boulangère, avec laquelle il aime partager des séances de cinéma. Mais voilà qu’à côté de chez lui s’installe une jeune blonde fort attirante. Lorraine est conteuse, elle a 29 ans, l’âge auquel est morte naguère dans un accident de voiture Anne, l’amour d’Antoine. Et s’il était possible de reprendre sa vie là où elle était restée coincée, la réveiller, la sortir de la léthargie, d’un équilibre un peu artificiel ? Revivre que diable ! Marie ne pèse décidément pas lourd face à la belle et joyeuse Lorraine. A vrai dire, il ne se passe pas grand-chose dans ce roman si ce n’est le temps qui passe… Grisaille des jours, succession des saisons et sporadiques éclaircies. Heureusement, il y a de beaux passages notamment sur la météo du jour dans une langue travaillée. 

Avis : **

La milléclat dorée / B. Flouw. - La Pastèque, 2017

Renard, après s'être consciencieusement préparé, part en expédition pour découvrir une plante rarissime : la milléclat dorée. En chemin, il observe quantité d'arbres, de fleurs (observations dont il nous fait profiter dans des doubles pages dédiées), se fait aider dans sa progression par divers animaux de la montagne. 
Tout dans cet album nous montre que le but importe moins que le chemin parcouru. Dans ce cheminement, Renard apprend l'impériosité de la nature qu'il respectera davantage encore.
Un album qui flirte avec le documentaire, magnifique tant par les illustrations aux couleurs patinées que par le message responsable porté par un Renard si doux.
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Pour quelques gouttes d'eau / A. Jonas ; M. Desbons. - Le buveur d'encre, 2017

« Zahina est née dans un pays si chaud que parfois le soleil y fait fondre les ombres. Là-bas, rien n'est plus précieux qu'un frisson d'eau sur les lèvres. » Aussi apprend-elle très tôt la valeur de l'eau qu'il faut aller chercher au puits lointain. Lorsqu'elle est en âge de réaliser elle-même cette tâche, elle ne se pardonne pas les précieuses gouttes perdues en chemin.
La rigueur de cette fillette n'a d'égal que son sens du devoir, elle se découvrira un autre talent à travers les yeux de son père : celui d'embellir la vie de ses proches.
Le texte, organique et sensuel, et les illustrations sont au plus près des tourments de Zahina, son intériorité contraste avec les scènes finales luxuriantes, à l'image de sa personnalité généreuse, presque sacrificielle.

Chafouine / Alain Galan. - Buchet-Chastel, 2017

André Delhot, habitant d’un coin perdu de Dordogne, a envoyé à Lausanne aux très sérieuses éditions Naturae un ouvrage qu’il a intitulé Chafouine racontant son étrange découverte. En effet, il a rencontré à plusieurs reprises un animal difficile à identifier mais qui semble être un chat forestier à tête de chouette hulotte. D’autres l’ont aussi aperçu comme le facteur, certes peut-être un peu éméché ce jour-là, ou Mélie, une vieille originale qui va bientôt sur ses cent ans et dont on ne sait pas trop si elle a encore toute sa tête. Le comité scientifique qualifie le texte de fantaisie et le rejette. Le narrateur prenant connaissance du récit-journal de Delhot se laisse envoûter par son sérieux, sa précision, et raconte à son tour cette histoire. Il le fait en citant les passages de chapitres qui correspondent exactement aux chapitres du livre en cours, celui que nous avons en main et qui porte aussi le titre Chafouine. Au bout du compte, il faudra bien s’interroger sur le fait de savoir si cet André Delhot, anagramme d’André Dhôtel, l’auteur du Pays où l’on n’arrive jamais, a plus de réalité que sa créature mythique. Un procédé de mise en abîme, de roman dans le roman, bien réussi, où le lecteur est un peu berné par un narrateur lui-même berné par Delhot. Berné ? Et pourquoi serait-on berné simplement pour avoir cédé à l’imagination ? Plaisant.
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Avis : **

Janvier / Julien Bouissoux. - L’Olivier, 2017

"Le futur de Janvier ne comptait pas, n’était qu’un présent qu’on étirerait comme un chewing-gum."
Janvier a son bureau dans le fond d’une impasse, loin du siège de son entreprise. Il n’est qu’un petit employé honnête et sans ambition, un pion insignifiant. Lors d’une restructuration, on l’oublie même carrément. Comme il continue de percevoir son salaire, il ne voit pas l’utilité de se manifester mais ne cesse de se rendre à son bureau et ce sans déplaisir. Il arrose le guzmania, il écrit de la poésie. Il aime bien le rien et le silence, laisser vagabonder ses pensées. Il lit des quotidiens vieux d’un an, parce que l’abonnement n’a pas été renouvelé, surtout son horoscope qui mystérieusement se révèle fort juste. La situation dure et perdure. Prenant pour confident un ouvrier chinois vu dans un magazine, ouvrier qui fabrique le modèle de son imprimante, il lui rédige une longue lettre. Nous suivons Janvier dans son terne quotidien, dans ses modestes péripéties et dans son angoisse naissante d’être découvert, comme s’il était un passager clandestin. Il aime bien son lieu de travail, à condition qu’il soit sans contrainte à commencer par celle du travail, voire de la simulation du travail. C’est un de ces personnages décalés, inadaptés, improbables, que l’on pourrait trouver par exemple chez un Christian Oster. Il nous semble d’ailleurs avoir plus d’une fois rencontré ses frères en Absurdie.
Avis : **

1.144 livres / Jean Berthier. - R. Laffont, 2017. - (Les Passe-murailles)

"Pourquoi cherchais-je une mère que je n’avais jamais cherchée et que la mort rendait introuvable ? Pourquoi m’attardais-je encore auprès de ces livres ?" p.107
Né sous X, il est adopté par Henri et Mariette, un couple qui tient une quincaillerie en province. Ils fournissent donc tout ce dont on peut avoir besoin, y compris l’affection à leur fils. Nonobstant les premiers 97 jours de sa vie qui sont comme une page blanche, celui-ci connaît une vie agréable et sereine, dans l’amour des siens et des livres, devient un employé de bibliothèque et considère désormais la connaissance de ses parents biologiques comme le cadet de ses soucis. Ce jour-là pourtant, un notaire le contacte en lui disant que sa mère biologique, qui souhaite rester inconnue, vient de décéder et lui lègue une bibliothèque de 1144 livres. Il ne veut rien avoir à faire avec cette femme et refuse tout d’abord ses livres. Entre répulsion et attirance irrésistible, il se retrouve dans une chambre d’hôtel entouré de 38 cartons contenant le legs. Comment résister à l’idée d’en ouvrir quelques-uns ? Se peut-il qu’il détecte un peu de sa mère à travers ce don ?
Court premier roman très bien écrit qui nous renvoie à des réflexions et des sensations autour de ce que peut être l’acte de lire. Ce n’est pas mal du tout, agréable moment de lecture. Premier roman.
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 Avis : **

Un Hiver au Vésinet : nouvelles / François Bott. - La Table Ronde, 2017. - (Vermillon)

Un recueil de 16 courtes nouvelles et 2 plus longues. Les premières évoquent l’absence et la solitude : une bibliothécaire du Vésinet, restée vieille fille, n’a plus de nouvelle d’un très vieux monsieur philosophe qu’elle prenait plaisir à rencontrer, un jeune homme connaît le dépit amoureux à la suite d’une rupture, un conseiller du ministre de la Culture s’interroge sur un collègue, fonctionnaire insignifiant, perdu de vue, un amoureux ne se rend pas à son rendez-vous gare du Nord et disparaît sans prévenir, une femme attend le retour de son mari pourtant décédé depuis deux ans… Quoique veuille signifier le titre du livre, on pense plus ici à la tristesse de l’automne qu’aux hivers du cœur ou aux étés de la vie. On est englué dans la grisaille des existences et les éclaircies qui ne sont pas légions sont de bien courte durée. On voudrait croire à un élan des personnages vers un apprentissage de la passion mais la nostalgie et la mélancolie grignotent tout. Les nouvelles suivantes viennent aggraver encore cette situation, introduisant de plus en plus la déchéance sociale, la maladie et la mort. C’est tout de même un récital de déprime et de noirceur (exception faite de Julie D ; dans la nouvelle éponyme). La dernière nouvelle, curieux greffon, introduit le regard curieux et heureux d’un nouveau-né. Faut-il y voir enfin une forme d’espérance ou une moquerie de l’indécrottable naïveté enfantine ?
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Avis : **