Lettre aux bourreaux de ma soeur / G. Constant. - Oskar. - (Les romans de la colère)

Cela fait 5 ans qu'Iris s'est tuée et la colère est toujours vive chez Rose. Parce que la mort de sa sœur est imputable au harcèlement de 4 de ses camarades, Rose compte bien le leur faire payer. Les extraits de la lettre qu'elle leur a adressée rythment le récit, et leur virulence laisserait augurer du pire si elles ne rentraient dans le cadre de séances de psychothérapie. La violence laisse place à la culpabilité.
Le harcèlement et ses ravages vus du côté des proches de victimes.

Voir la notice

Marcher à Kerguelen / François Garde. - Gallimard, 2018. - (Blanche)

"Je me sens vice-roi des albatros, proconsul des îles froides, connétable des brumes, procurateur des manchots royaux… Kerguelen, comme un aimant." p. 13
La traversée du Nord au Sud de l’Archipel de Kerguelen, territoire français, grand comme la Corse, aux confins du monde, voilà l’objet du récit de François Garde. Ne vous attendez ni à un exploit sportif, ce n’est pas un texte palpitant et plein d’emphase, ni à une promenade digestive, marcher en l’absence de tous sentiers avec un sac à dos de 25 kilos n’est pas une sinécure. Surtout lorsqu'il s'agit de franchir des hauts plateaux basaltiques, de marcher dans des éboulis ou de s'enfoncer dans un sol marécageux, les sentiers étant inexistants.
L’auteur et ses trois compagnons sont davantage dans une expérience personnelle, assez ascétique et un exercice d’admiration. La sobriété du style rend compte néanmoins de paysages hors du commun, de l’humidité permanente, de l’empire du vent, des rencontres avec les seuls habitants de l’île, animaux marins à profusion sur les côtes. Dans un climat sans cesse changeant, les paysages bien que âpres, rugueux et parfois hostiles, sont grandioses, la végétation est rabougrie, réduite à des mousses, au mieux à des buissons rampants, les ruisseaux et torrents qu’il faut traverser à pied sont nombreux, forçant à retirer chaussures et pantalon, ainsi que les lacs qui se déplacent parfois de plusieurs centaines de mètres au cours du temps et des cascades qui remontent vers le ciel. Tout cela évidemment lorsque les nuages bas et le brouillard ne recouvrent pas le tout.
Les descriptions sont certes somptueuses, très précises, mais on regrette souvent de ne pas avoir un appui iconographique. Ceux qui durant des décennies ont rêvé vainement de séjourner un an aux îles Kerguelen, j'en suis, ne pourront que se délecter de ce bel ouvrage et l’ajouter à leur bibliothèque spécifique où les livres sur le sujet ne sont pas en si grand nombre.
Voir la notice

Avis : ***

Le Libraire / Gérard Bessette. - P. Tisseyre, 1993

Dans le Québec du début des années 50, Hervé Jodoin est sans travail après avoir été répétiteur chez les pères du collège de Saint-Etienne. Très pince-sans-rire, son ambition est surtout de ne rien faire, ou le moins possible. C’est dire s’il souhaite ardemment retrouver un emploi. Il accepte pourtant une place de libraire, loin de Montréal, à Saint-Joachin. Là, il travaille (quand il ne somnole pas) aux côtés de trois vieilles filles qui gèrent les rayons des articles religieux, des jouets et de la papeterie. Il passe une partie de ses nuits à s’alcooliser dans une taverne, se complaisant dans une routine absolue et l’absence de vie sociale, étant depuis longtemps sans envie et sans perspective. Le patron lui fait vendre en catimini des livres jugés sulfureux par l’Eglise de l’époque (Gide, Voltaire, Zola, Renan…) De quoi s’attirer de potentiels ennuis avec le curé du coin. Publié en 1961, un petit roman québécois qui demeure bien savoureux.

 Avis : **

La Revanche de la guillotine / Luc Briand. - Plein jour, 2018

Le 27 octobre 1975, Jérôme Carrein, une espèce de clochard alcoolo, entraîne une gamine de 8 ans dans les marais pour la violer. La petite ne se laisse pas faire, il panique, comprend que pour la faire taire il n’a pas d’autre solution que de la tuer. Il lui enfonce la tête sous l’eau, dans la vase, jusqu’à ce qu’elle ne respire plus. Crime absurde : il ne réalise pas le viol, il ne se cache ni quand il part aux marais, ni quand il en revient (sa promenade lui a donné soif et il va alors boire un coup au café tenu par la mère de la petite). C’est cette terrible affaire que raconte sobrement Luc Briand, en utilisant une construction limpide qui nous emmène jusqu’à l’exécution à l’aube du 23 juin 1977. Il replace tout cela dans le contexte des discussions houleuses et des points de vue antagonistes autour de la peine de mort, nous sommes en effet quelques années avant son abolition. Un certain Robert Badinter vient de sauver la tête de Patrick Henry, l’assassin de Philippe Bertrand, 7 ans. Pour les uns c’est la preuve qu’on ne peut condamner à mort Carrein, pour les autres qu’il faut compenser par un exemple cette injustice. Carrein est le dernier français à avoir été guillotiné.
Voir la notice

Avis : ***

L'Eté où tout arriva : 1927 : l'Amérique en folie / Bill Bryson. - Payot, 2018

"L’événement le plus formidable depuis la résurrection du Christ." (La presse de l’époque à propos de la traversée de Lindbergh). p. 143
Ça foisonne dans tous les sens et pourtant ça ne s’éloigne pas de la ligne directrice. Bill Bryson digresse sans cesse et néanmoins nous emmène exactement là où il veut. Il y a vraiment à boire et à manger dans cet été 1927 ! Que de personnalités présentées ! Charles Lindbergh, Babe Ruth (base-ball), Bill Tilden (tennis), Jack Dempsey (boxe), Henry Ford, Al Capone, le président Calvin Coolidge, Herbert Hoover… Sont abordés les débuts de l’aviation (captivant), l’histoire de la prohibition, les prémices de la Grande Dépression, la gigantesque crue du Mississipi, les débuts de l’automobile de masse, l’affaire Sacco et Vanzetti, le lancement du mémorial du mont Rushmore, Hollywood et l’avènement du cinéma parlant, la montée des idées eugénistes américaines et les stérilisations forcées (un certain Alexis Carrell travaillait alors à l’Institut Rockefeller de New York), l’invention de la télévision, l’état de la production dans le domaine romanesque et dans celui des comédies musicales et encore bien d’autres choses. Quel balayage incroyable de la période, que de précision dans les détails ! Quel prodigieux conteur, vraiment ce type est hors du commun ! C’est juste passionnant, brillamment construit (tout s'emboîte à merveille) et démontrant une géniale capacité à engranger l’information puis à la restituer d’une façon très plaisante.

 Avis : ***

C'est notre secret / R. Frier. - Magnier, 2018. - (Petit poche)

Ils s'en souviendront de la colonie à Rasbourg ! Pas tous pour les mêmes raisons néanmoins...
Toutes les conditions étaient réunies pour une colonie de vacances catastrophique : une valise oubliée, une météo loin d'être idéale pour le camping, des monos dépassés par les évènements... et pourtant Jeanne et la personne qui nous raconte cette histoire sont aux anges. « Ça chougnait dans tous les sens » mais au milieu de tous ces désagréments surgit une petite bulle de bonheur amoureux.
Qui est donc ce  narrateur, une fille ou un garçon ? Est-ce que cela doit avoir une importance ? L’intelligence du texte en tout cas est de laisser l'identification faire son œuvre, sans orienter la lecture.

Tout le monde dort ? / A. Poussier. - Ecole des loisirs, 2018


Tandis qu'il se prépare à aller au lit, un petit garçon demande à sa mère : « Est-ce que tout le monde dort ? » Par mimétisme, il s'enquiert du sommeil du soleil, des fleurs, du monde... 
Maman répond patiemment, avec un bel à-propos, préparant le lit de son fils. La poésie de ses réponses s'illustre en pleine page de droite, dans une opposition intérieur/extérieur, quotidien/imagination. 
L'effet apaisement est garanti, pour le lecteur comme pour les personnages. Pour certains tout particulièrement... 

Qui a mangé mes cornichons / A. Bouquet ; F. Ockto Lambert. - L'âge d'homme, 2018

Deux problèmes préoccupent les animaux de la forêt : la « peur du terrible loup » et la disparition, toutes les nuits, de fruits et légumes. Des pièges sont posés, une enquête est menée, tout cela en restant vigilant par rapport au loup. 
Le mystère est levé et les préjugés tombent, avec cette conclusion unanime : rien de tel que « toutes ces saveurs du jardin » pour se régaler et se fédérer !

Simon se promène / E. Susso ; B. Chaud. - Cambourakis, 2018

Aisha et son petit frère Simon partent en balade, accompagnés du chien et de la poule. « La charrette fait I-ROUL I ROUL - ROUL - ROUL ». La promenade est rythmée par plusieurs rencontres plaisantes. Soudain, une famille de sangliers ! « La poule s'affole FOLL FOLL. Les sangliers se sauvent. PLOV PLOV » Vite, tous à la maison ! L’aventure est encore plus savoureuse lorsqu'on retrouve ensuite sa famille.
Petit album cartonné lumineux pour les petits, riche de détails à observer.
Voir la notice

Le cheveu / J. Perrin ; Fred L.. - Alice, 2018. - (Histoires comme ça)

Le porc-épic est « le roi des ciseaux ». Tous les  animaux de la savane viennent se refaire une beauté, résultat garanti : « Trop beau ! » dit le babouin. « J'adore » dit madame gnou. « Classe ! » dit le guépard.
Et on peut faire confiance à Fred L. pour des portraits effectivement impressionnants de beauté... et de drôlerie ! Le dernier n'échappera pas à la règle, un crocodile qui aurait dû se souvenir du proverbe Qui s'y frotte s'y pique...

La moustache de Monette / C. Fontaine-Riquier. - Albin Michel, 2018

Impressionnée par l'histoire du géant à moustache, Monette en vient à penser qu'avec une telle moustache, elle terrasserait sa timidité. La nuit même, le géant lui rend visite et lui prête ladite moustache. Miracle ! Rire, jouer avec les copains à l'école, tout devient facile.
Elle perd hélas l'attribut magique et plonge le géant dans la panique : comment fera-t-il pour affronter « le plus terrible des dragons » ?
Monette l'accompagne « jusqu'au bout de l'histoire du géant, là où elle n'est plus écrite. »
Confiance en soi, amitié et imagination forment ici une combinaison imparable. L'histoire s'illustre dans les teintes bleu nuit, d'où les 2 personnages  tout de rouge vêtus se démarquent, dans une solidarité émouvante.
Voir la notice

Le grand chien et moi / R. Lumeret. - Albin Michel, 2018. - (Trapèze)

Luchien vit dans un chenil depuis qu'il a été abandonné à la naissance. Lui et ses copains de galère ont tous été malmenés par la vie. Luchien réussit l'impossible, sur un quiproquo : se faire adopter  par une dame.  Mais que serait le bonheur s'il n'était partagé avec les copains ?
Une histoire à l'esthétisme chahuté, dysmorphique, en adéquation avec le thème de la perception que l'on a de soi et des autres, de l’apparence et du peu d’importance qu'elle représente entre personnes qui se sont choisies.
Voir la notice

Papa et moi / Soosh. - Le Genevrier, 2018

Une petite fille parle de son père, avec une tendresse et une admiration qui transparaissent dans les illustrations, très émouvantes : ce père protecteur est un géant aux yeux de sa fille, et elle si fragile. Ce qui n'empêche que leur relation est réciproque et attentive, pour une très belle complicité.

Trop de chefs, pas assez d'indiens / M. Achard. - Actes sud, 2018

Lally est une cancre. Le jugement scolaire et parental pèse lourd et l'école devient en lieu d'angoisse. Elle, se sent davantage aventurière, l'appel de la liberté est tellement plus fort que l'apprentissage de leçons rébarbatives. Heureusement Paty, sa meilleure amie, sait voir les « bonnes choses » qui sont en elle. Et arrive Aldo, un jeune routard, qui lui redonne confiance, valorise sa façon créative d'aborder les problèmes de la vie. A ses côtés, « Lally, Reine des forêts profondes » se réconcilie avec la vie des adultes, qui peut donc rimer avec liberté.

Spinning / T. Walden - Gallimard, 2017

Quand on pratique le patinage artistique de haut niveau depuis l'enfance, tout devrait couler de soi. Pourtant à l'adolescence, Tillie se pose des questions et se découvre homosexuelle, un révélation difficile à assumer dans cette discipline sportive très conservatrice.
Une magnifique BD autobiographique, minimaliste et intimiste, en bichromie violette sépia.
voir le notice

Akkinen : zone toxique / I. Lepingle - Sarbacane, 2018

Polar écolo. Gaspard, chômeur, retrouve du travail dans le traitement du sable bitumeux. Accompagné de sa fille Tessie,  il part donc s'installer dans le Grand Nord. Au fur et à mesure des rencontres, Tessie et son père découvrent la réalité : les pollutions cachées des entreprises d'hydrocarbures. 
Tome unique qui se lit très bien.
Voir la notice

On n'est pas au centre du monde / J.-L. Le Quellec ; C. Cantais. - La Ville brûle, 2018

7 milliards d'humains sur terre, avec une diversité de coutumes, de croyances, de cultures inouïe. Ce petit album n'en donnera qu’une infime illustration mais insiste sur la formidable opportunité pour notre curiosité : au lieu de nous arque-bouter sur nos différences, notamment religieuses, « regardons plus loin que nos nombrils » et élargissons nos connaissances, enrichissons nos perceptions d'un monde infiniment riche.
L'auteur pointe les différences en concluant sur nos similitudes, une manière de nous ramener à une humilité tolérante.
Voir la notice

Une année chez les Stevenson / D. Alison Levy. - Milan, 2018

Sam 12 ans, Jax et Éli 10 ans, Castor 6 ans sont les fils adoptifs de Papa et Daddy. Durant une année scolaire, nous suivons cette famille métissée, bigarrée et soudée, au fil d'une trentaine de chapitres introduits par des petits mots échangés entre les membres de la famille ou avec le voisin patibulaire. Les aventures se succèdent, dans un rythme qui aurait être plus enlevé si le style n'était aussi répétitif. Dommage, car la famille est attachante, championne de la cohésion et de la tolérance.

Rosie Pink / D. Levy ; L. Zordan. - Sarbacane, 2018

La roseraie est impeccable, des rangées de fleurs alignées qu'aucune mauvaise herbe ne vient troubler. Tout est géré au millimètre par « l'impeccable » Horace Pink. Sa fille - nommée évidemment Rosie- est bien triste pour les mauvaises herbes et décide de leur redonner leur lettre de noblesse, au grand dam du spécialiste ès roses qui ne les tolèrera que tout au fond du jardin, pour que « personne ne voie ces horreurs. »
Y aura-t-il matière à réconcilier des visions antagonistes de jardins et leur défenseur ?
Voir la notice

Je me défends du sexisme / E. Piquet ; L. Mandel. - Albin Michel, 2018

La psychologue Emmanuelle Piquet propose des stratégies expérimentées pour affronter les remarques et attitudes sexistes. Son credo : Pour sortir des impasses, prenez des virages à 180 degrés ! Renversez la situation et assumez ce que vous êtes, qu'on vous juge  trop grosse, trop "plate", trop "garçon manqué", trop moche ou à l'inverse belle à susciter des convoitises envahissantes...
Témoignages de jeunes filles et conseils de psy se succèdent, avec des définitions utiles. L'écriture est inclusive bien sûr, le propos pour les deux genres. 
Voir la notice